LifeSong Sailing

On ne le vous cache pas, l’année est dure. Comme presque toutes les entreprises de tourisme à l’étranger, c’est une saison dans le négatif.

Cela dit, nous connaissons notre chance. 

Nous voudrions tout d’abord remercier nos fidèles équipiers de 2020 qui ont bien voulu reporter leurs croisières d’un an. Leurs compréhensions et leurs bonnes humeurs nous ont fait chaud au coeur durant cette période difficile.

On remercie également Karavaniers qui nous a permis d’organiser deux croisières au Canada. Ces deux voyages nous ont fait vivre des moments magiques avec des gens fabuleux au milieu des fjords de Terre-Neuve et dans la mer intérieure du Bras-Or, Nouvelle-Écosse. L’espace d’un instant, la pandémie ne semblait qu’un mauvais cauchemar…

Notre chance, c’est aussi d’avoir pu naviguer librement et d’avoir traversée sans entrave l’Atlantique du Canada à la France via les Açores. Nous avons pu savourer chaque mille nautique qui sépare ces deux pays. Deux fois huit jours soit près de 400 heures de navigation… Après cela, la durée d’un vol transatlantique semble presque irréelle. Avec Jade (9 mois) et Raphaël (qui a fêté ses 3 ans aux Açores) on a pas eu le temps de s’ennuyer durant le voyage. Encore une fois, nous voilà dont chanceux d’avoir eu Grand-Maman Andrée et Grand-Papa Ricky pour nous aider dans cette aventure hors du temps.

Vidéo d’une partie de notre traversée réalisé par Jojo, around the globe hitchiker.

Les Açores nous ont également ouvert leurs portes et nous avons pu pendant trois semaines découvrir ses îles paradisiaques à l’abri du virus. Alors qu’à peine quelques semaines plus tôt, près de 80 voiliers s’entassaient dans le port d’Horta où la loi n’autorisait aucun passager de descendre à terre. Heureusement, les tests de dépistage du Covid-19 sont arrivés juste à temps pour nous permettre après 24h de visiter librement les Îles.

Notre bonne étoile continue également en France où nous trouvons une place au port de Bénodet à quelques kilomètres de la maison du père de Christophe… Vous imaginez donc que nous pouvons vivre le confinement dans le confort d’une grande maison et, en plus, elle est à moins d’un kilomètre de la plage!  

Finalement, le plus important, toute la famille LifeSong «élargie» est en parfaite santé!


Et la suite…?

Cela dit, nous nous questionnons malgré tout sur l’avenir. Devons-nous tentez une reconversion passagère ?! Qu’adviendra-t-il du tourisme à l’étranger? Combien devons-nous investir dans la préparation du bateau?

Notre «offre» (nos croisières) nous semble trop belle pour s’arrêter là.

Nous croyons que nos voyages uniques continuent et continueront de faire rêver. Les destinations sauvages et les grands espaces gagneront certainement en popularité suite à un confinement plus ou moins difficile…

Alors on y croit. On a hâte de retrouver la mer et de vous faire vivre des aventures enivrantes. Nous aimerions continuer à être une fabrique de souvenirs, à vous faire ressentir des moments forts qui resteront à vie dans vos esprits. On a envie de continuer cette vie atypique sur ce si beau voilier qu’est notre LifeSong. Notre bonheur, c’est de partager cette passion qui nous anime; avec vous.

Les travaux entre-saisons sont donc commencés et nous mettrons toutes nos économies dans la préparation d’une très belle saison 2021. Nous, comme tous ceux qui viendrons à bord, profiterons certainement doublement de ces vacances en toute liberté!

Nouveaux: des produits LifeSong

En achetant un des ces produits, vous soutenez une petite entreprise, une famille, un projet de vie et vous nous donnez le sourire.

Pour nous aider à «arrondir les fin de mois» et également pour le plaisir d’«inventer » une gamme de produits LifeSong, nous venons de créer une boutique en ligne qui rassemble des produits uniques à nos couleurs. 

Découvrez-y des t-shirts illustrés, des articles en peaux de phoque, en toile de voile et des aquarelles…

VISITER LA BOUTIQUE EN LIGNE

Vous avez des idées à nous partager? Écrivez-nous!

La planète entière est ébranlée par la pandémie et tous en subissent les conséquences petites ou grandes. La plupart d’entre vous ont vécu des épreuves lors du confinement, ont perdu des êtres chers, ont eu leur voyage de rêve annulé ou subissent des difficultés financières. Sans oublier ceux qui risquent leur santé dans l’exercice de leurs fonctions; ces anges gardiens essentiels pour sortir de cette épreuve.

Et même pour ceux qui vivent isolés et loin de l’actualité, tous ont été impactés par ce virus invisible.

Comme la plupart des agences de voyage, des hôtels et des restaurants, nous devons maintenant vivre avec plusieurs mois d’arrêt complet. 

Évidemment, l’annulation de notre saison au Groenland nous a fait mal au coeur. C’est vrai que nous n’avions jamais imaginé être dans l’impossibilité de naviguer vers cette destination. Nous tenions pour acquis ces icebergs immenses, ces montagnes nues et ces villages paisibles. 

Pierre, notre équipier en 2019, nous avait dit lors de notre dernier voyage en Baie de Disko, « Ça y est, on n’ira pas plus au Nord maintenant ». Nous étions partis des Caraïbes en montant toujours plus vers le Nord sans rien pour nous arrêter. Et cette phrase de Pierre, mettait fin à des mois de découverte, nous rentions maintenant à la maison sur un chemin connu. La nostalgie ne m’avait pourtant pas touchée. Avec ma grosse bedaine de femme enceinte, j’avais hâte d’être en « ville » et après tout, nous y reviendrions dans un an.

Nous voilà maintenant un an plus tard et les icebergs sont loin dans nos rêves. Nous avions pris pour acquis notre liberté de naviguer…

Il nous reste tout de même le bateau, merveilleuse maison, pour un confinement tout en liberté!

Certainement au plus grand bonheur de nos deux petits matelots, nous avons tout notre temps pour leur offrir de la joie quotidienne. Et je crois bien qu’ils préfèrent la plage aux icebergs… 

On découvre donc à un rythme de vacances les beautés de la côte de Nouvelle-Écosse; ponctuée de phares, de plages, de maisons isolées et d’îles inhabitées. On oublie trop facilement les merveilles de son propre pays. On laisse donc la temps d’une saison, les paysages Groenlandais flotter dans nos têtes pour découvrir les Maritimes (Nouvelle-Écosse –Terre-Neuve) en profondeur. 

On a créé deux voyages , que les Canadiens puissent profiter et découvrir leur propre pays.

Croisière Nouvelle-Écosse

Croisière Terre-Neuve

Découvrez en images nos explorations des dernières semaines: plages de sable blanc, île déserte remplie de moutons, navigation entre les phares, maisons de pêcheurs isolés, randonnée sur des péninsules

Malgré la distanciation sociale, nous avons tout de même réussi à faire des rencontres intéressantes avec des locaux et des marins. Richesse de la vie de bateau.

Les délices de la mer sont aussi au rendez-vous : moules sur le feu, homards frais, pétoncles énormes et poissons pêchés du zodiac (maquereaux, morues, truites)

Ce moment de « pause » nous permet aussi de réinventer notre prochaine année. Nous traverserons vers la France via les Açores à la fin de l’été.

Et pour ceux qui commence à rêver à leurs voyages de 2021…

Nous retournerons bien-sûr au Groenland de juin à août avec le même programme de 2020. Il reste encore quelques places disponibles.

Nous conservons également notre début de saison (de mi-févrirer à mi-avril) en Norvège. Nous irons à la découverte des Lofoten sous un ciel d’aurores boréales et dans les fjords du Nord pour un séjour ski-voile.

Croisières en Baie de Disko

Croisière Lofoten et aurores boréales

Calendrier

Les inscriptions sont maintenant ouvertes. Écrivez-nous pour réserver votre place et pour connaître nos nouvelles conditions d’annulation.

Ça fait rêver encore plus qu’à l’habitude, non?

De votre salon, imaginez-vous seul au milieu des montagnes, regardant l’horizon disparaître au loin dans le silence profond des grands espaces.

Ce jour de liberté arrivera… mais pour l’instant soyez patients.

Avez-vous déjà fait une longue traversée à la voile? Quand on y réfléchit, traverser un océan est aussi un long confinement. 

En bateau, enchaîner les livres, élaborer longuement le prochain repas et regarder au loin pendant des heures, perdus dans ces pensées, sont des moments privilégiés.  Le temps tourne en boucle. Les jours se ressemblent. Dans cette routine, on en oublie la « vraie » vie. 

traversée du pacifique en voilier

Ça vous fait penser à votre quotidien actuel?

Donc dites vous que vous êtes en pleine traversée et comme tous les voyages en bateau, on sait quand on part, mais on ne sait jamais quand on arrive…

Vous avez peut-être pas les levers et les couchers de soleil tous les jours, les nuits où le ciel n’est plus noir, mais brillant d’étoiles… Consolez-vous car vous avez de l’eau chaude en quantité, un plancher qui ne bouge pas dans tous les sens, un peu plus d’espace et même des communications illimitées avec les gens que vous aimez! 

Se voir privé de sa liberté n’est drôle pour personne, mais tant qu’à y être obligé, profitez-en pour passer des moments privilégiés avec vos enfants, pour reconquérir votre âme-soeur ou pour faire un voyage d’introspection. Redécouvrez la cuisine avec des fonds de frigo, retrouvez vos passions oubliées (dessin, couture, écriture, musique, danse…), écrivez-vous une lettre à vous même à ouvrir dans un an ou encore planifiez votre prochain voyage d’aventure en voilier 😉

Nous, Christophe, Raphaël, Jade et moi-même, avons choisi de vivre tous les quatre sur le bateau en étant presque 24 heures sur 24 ensemble. Raphaël qui aura bientôt 3 ans n’ira pas à l’école. Nous seront ses professeurs tout en étant ses parents, ses amis et ses complices.

Plusieurs personnes nous ont déjà dit :

« Comment faites-vous pour être toujours ensemble. Moi, je n’en serait jamais capable! » 

Et bien, maintenant à vous d’essayer et de découvrir les richesses d’une vie partagée.

Note: Pour ceux qui travaillent sans relâche dans le système de santé, pour ceux qui vivent un deuil, pour ceux qui stressent face à l’avenir, on pense à vous. N’oubliez pas, un jour à la fois.

En ce 15 janvier 2020, l’équipe de LifeSong aimerait rendre hommage à un homme extraordinaire qui a changé nos vies. Embellit nos existences durant ses 9 mois à bord.

Trinidad, janvier 2019

Il y a un an jour pour jour, je suis allée chercher à l’aéroport un jeune homme souriant et motivé par le désir d’aventure. Après quelques semaines, on l’appelait déjà NOTRE Pierre. Et après quelques mois, j’ai suggéré, à moitié à la blague, de l’adopter.

Malgré que l’on ne connaissait pas Pierre avant son arrivée à Trinidad, il s’est magnifiquement bien greffé à la famille. Ses premières semaines ont pourtant été difficiles car nous l’avons accueilli dans une fin de chantier chaotique. Il a, dès la première journée, commencé à faire des travaux de toutes sortes de jour comme de nuit… En à peine deux semaines, il avait brulé toute sa petite graisse de bedaine, à monter et descendre les marches des centaines de fois par jour dans la chaleur accablante de Trinidad. 

Malgré que « Notre Pierre », ne soit pas très manuel à la base, ses connaissances se sont vite multipliées. Et son désir de perfection lui a fait réussir bien des défis. 

Au début février, nous avons enfin pris la mer pour la longue remontée vers le Groenland. L’aventure, la vrai, allait commencer! Encore une fois, Pierre a su se rendre essentiel pour l’équipe que ce soit en nous cuisinant de bons petits plats, en effectuant les manoeuvres de pont ou en jouant à la pâte à modeler avec Raphaël.

Comme un grand frère

Pour Raphaël il y avait : Maman, Papa et Pierre. Tous aussi essentiel à son bonheur et à son bien être. Sans que cela paraisse forcé, Pierre l’a nourri, lavé, porté en randonnée et à sans relâche inventé des nouveaux jeux embellissant l’imaginaire de notre enfant. 

Du plus profond de mon coeur de maman, merci Pierre, pour tout cela.

La fin d’une grande aventure

Avez-vous déjà passé neuf mois avec quelqu’un qui n’est ni votre conjoint, ni votre enfant, jour après jour, partageant chaque repas et chaque activité? Cet exploit me paraissait presque impossible sans accro, mais Pierre a su être discret et présent à la fois, une vraie « Perle » pour LifeSong.

La séparation à l’automne dernier fut bien difficile… Christophe et moi avons apporté Pierre à l’aéroport pour qu’il regagne Paris. Cela nous a fait l’effet de laisser partir notre fils pour la première fois vers un long voyage. Il faut savoir laisser ses enfants voler de leurs propres ailes…

En pleurant comme des madeleines devant l’entrée des « Departures », on avait chacun des souvenirs mémorables en tête et le désir de repartir ensemble à l’aventure!

Pierre, Merci. Malheureusement, il n’existe pas de mot plus fort pour t’exprimer notre reconnaissance.

Blog écrit par nos équipiers de la saison 2019 au Groenland. Merci à tous!


Un instant de pur bonheur sur LifeSong

Par Andrée Tremblay

Au petit matin le ciel est gris, les pécheurs du port de Manitsoq nous annoncent de la pluie… Tant pis, l’équipe de LifeSong nous amène quand même découvrir tout au fond d’un petit fjord un glacier sublime. Notre tout premier car notre séjour débute.

Nous délaissons tranquillement le large pour s’y diriger. La mer est calme, le vent ne souffle pas, chaque équipier fait connaissance avec le bateau. Chacun y trouve son endroit favori, moi c’est le petit banc tout au bout de la proue. J’aime m’y assoir avec les pieds qui ballotent dans le vide au-dessus des vagues qui se cassent sous la coque. LifeSong se fait majestueuse, elle glisse sur l’eau doucement, tendrement et elle nous invite à savourer le moment présent.

La brume se lève, les rayons du soleil nous réchauffent et on entrevoit le glacier tout au bout. On avance lentement, très lentement, on prend le temps d’observer les parois rocheuses qui nous entourent, des parois sans arbres, avec peu de végétation, ou des milliers d’oiseaux y ont élus domicile. Leurs cris sont intensifiés par l’étroitesse du fjord, c’est magique.

LifeSong s’arrête tout près du glacier et se laisse voguer au gré du courant, pour permettre à chacun de savourer la beauté des lieux. La faune qui nous entoure nous émerveille, nos sens sont à l’affut et puis tout à coup on se rend compte de l’immense chance qu’on a d’avoir vécu un instant de pur bonheur.

Gravé pour toujours dans ma mémoire.


La rencontre avec la baleine

Par Quentin Laganne

Nous arrivons dans la baie de Pakitsoq en milieu d’après-midi. Christophe et Emma sont dithyrambiques sur ce lieu. A priori on va voir des baleines ! Le bateau avance avec un cheminement étudié, et tous les yeux sont rivés sur les alentours du bateau, mais pas de baleines à l’horizon… L’opération d’ancrage pour le mouillage du soir s’organise, tout se passe bien et une petite balade de 2 heures à terre nous fait voir les environs rocheux et le décor de toundra qui nous entoure. Le soleil s’approchant de l’horizon, les couleurs s’adoucissent, le paysage est grandiose ! Mais toujours pas de baleines en vue…

En revenant, l’apéritif et le dîner sont prêts, avec Emma aux fourneaux, on sait que l’on ne sera pas déçus !

Mais c’est vrai qu’elle est belle cette baie et l’équipage, sûr de lui, nous dit que la baleine sera de sortie ce soir, et nous invite à faire une virée « nocturne ». Les quelques courageux embarquent sur l’annexe pour aller mieux admirer cette baie depuis un petit sommet sur la côte. En arrivant, nous voyons filer devant nous un renard polaire, de bonne augure !

Puis en arrivant au sommet la baleine est là dans la baie avec son baleineau. Et en effet, dans cette baie remplie de poissons, le dîner de ces énormes mammifères est un vrai spectacle : les baleines font remonter les bancs de poisson, les mouettes plongent à leur tour pour se nourrir tout comme les phoques qui rodent pour profiter du festin. C’est un vrai balai dansant où tous les animaux se côtoient devant la puissance du déplacement et du souffle de ces géants des mers. Il doit être autour de 22h, la luminosité a faibli, mais le ciel est toujours éclairé par des variations de couleurs rosées. La baleine en chef d’orchestre mène la symphonie quasiment silencieuse dont nous profitons sans un mot, bouches bées.


Pagayer avec les glaçons

Anonyme

Ce matin le brouillard nous enveloppe; on a la tête dans les nuages. Les craquements des icebergs qui ont valsés toute la nuit autour du bateau résonnent doucement à la coque. Que va-t-on faire aujourd’hui avec ce brouillard si dense?

Emmanuelle, la guide du bord, semble enthousiasme à nous amener en kayak. En quelques minutes nous sommes prêts et on suit de près le kayak d’Emma; petit point rouge dans ce désert blanc.

La météo Groenlandaise est surprenante; je n’avais encore jamais vu de brouillard si dense avec du soleil… Le ciel au dessus de nos têtes était parfaitement bleu, mais les nuages blancs nous encerclent encore parfaitement.

Après quelques coups de pagaie, LifeSong avait disparut dans le blanc. Nous étions entourés de nuages et de glaces! Comment pouvait-on s’orienter dans ce labyrinthe? Emmanuelle semblait confiante et nous menait comme par magie à découvrir ce paysage unique.

Les icebergs grondaient autour de nous et se fracassaient quelques fois en mille petits bouts, nos pagaies frappant de temps à autre une glace flottante. Comme on avançait lentement et silencieusement; les craquements, les pétillements et les chutes d’eau créaient une douce musique à nos oreilles.

Profitant pleinement de l’instant présent, nous avons peu parlé durant cette sortie de deux heures. De retour sur LifeSong, un simple regard entre nous confirma que cette sortie fut extraordinairement magique pour tous.

Et malgré que personne n’ai pris de photos de peur de mouiller leurs appareils, ce moment restera pour tous inoubliable!

La normalité pour notre Raphaël, qui vit à bord depuis ses trois jours, est tout autre que la plupart des enfants canadiens ou français… 

Pour lui, prendre sa collation en regardant les icebergs craquer est son quotidien. 

Ne pas avoir embarqué dans une voiture pendant plus de quatre mois ne lui manque pas.

Manger du poisson fraîchement pêché (espadon, requin, morue, truite, omble arctique) est son mêt préféré.

Regarder un phoque se faire dépecer ne le gêne pas; il comprend que c’est pour le manger.

Sauter dans l’annexe après la sieste pour aller à la pêche aux moules lui semble le plus beau réveil.

Regarder son papa faire l’entretien du moteur est son activité préférée. 

Apprendre à faire des roulades dans la mousse arctique est encore mieux que n’importe quel jouet.

Et voir des baleines souffler à quelques mètres du bateau lui semble moins exotique que de voir un chat!

Ses journées à bord, sont un peu différentes que s’il allait à la garderie… 

Pour Raphaël, une bonne journée « normale » commence par (aider à) faire des crêpes pour les équipiers qui cohabitent avec lui pour deux semaines. S’habiller rapidement pour pouvoir escalader l’échelle de la descente, mettre sa «pieuvre» (veste de flottaison) et, enfin, embarquer dans le «petit bateau» (annexe) et conduire le 15hp jusqu’à la côte! À terre, tout est merveilleux, les fleurs, les roches, les ruisseaux… Et c’est en enchaînant les «sauts de kangourou» d’une roche à l’autre, qu’il peut grimper juste assez haut pour prendre son goûter avec une vue sur l’infini. Des fois, Raphaël continue la randonnée dans le sac à dos ou regagne le bateau pour sa sieste dans son lit bercé naturellement par la mer.

 

Mais finalement, même avec cet horaire de vie atypique, comme la plupart des garçons de son âge, c’est une histoire d’amour avec les petites voitures. La collection complète se promène pour des courses toujours plus incroyables du cockpit à la cuisine. 

La plupart de nos équipiers se font prendre au jeu et retombent en enfance en faisant des «Vroum vroum» et des pistes de courses avec des coussins. 

Raphaël s’est beaucoup développé au court de notre saison grâce aux découvertes quotidiennes, aux multiples aventures, à la diversité de nos équipiers et à toutes ces heures privilégiées passées avec sa mère, son père et son Pierre. 

 

Là où je me suis vraiment rendu compte de son «décalage» par rapport au monde «normal» c’est lors de notre départ du Groenland en avion. Dans le bateau-navette qui nous amenait en une heure à l’aéroport, Raphaël n’a pas cessé de fixer les trois enfants groenlandais assis à côté de nous. Sans mot ni sourire, seulement à les observer sans bouger… C’est vrai qu’il n’a pas beaucoup vu d’enfants depuis quelques mois…

Mais finalement rendu à l’aéroport, les garçons (2 groenlandais, un danois et notre franco-canadien) se sont regroupés autour des petites voitures de Raphaël et, peu importe leurs langues, ils faisaient tous «vroum vroum» avec le sourire!

Ensuite, évidemment, prendre l’avion était excitant. Raphaël étant à son vingtième décollage, il adore et il n’a cessé de me dire «en haut, en haut!» durant le vol.

Nous avons ensuite gagné l’Islande pour une nuit et le lendemain avons rejoint l’aéroport international en autobus. Nous étions au premier rang pendant les 45 minutes de route, Raphaël m’a montré toutes les autos en disant leurs couleurs et à dit «GO» au chauffeur à chaque lumière verte. Je crois que les gens autour de nous ont pensé qu’il n’était jamais sorti de chez lui! Il voyait finalement des « vrais » voitures qui font de vrai «vroum vroum»!

À l’arrivée au Canada, Raphaël a découvert sa chambre d’enfant, son grand lit et une multitude de nouveaux jouets. Quelle émotion! 

Déjà pour moi, les différences d’ambiance entre Montréal et le Groenland étaient dures à assimiler… Simplement voir les feuilles des arbres vibrer sous le vent me semblait irréel et la vitesse de la vie tellement accélérée.

Pour Raphaël, le plus surprenant fût certainement de marcher sur de l’asphalte sans dénivelé, ni roches ou obstacles. Sa démarche bizarre, les jambes écartées ne pouvaient pas démentir sa surprise. C’est en le voyant si maladroit à faire une ligne droite que je me suis rendu compte qu’en fait cela fait des mois qu’il n’a que marché dans le bateau (qui bouge toujours un peu) ou sur terre où il n’existe pas de route ou d’espace nivelé. 

Mais comme les enfants se font à tout, en trois jours, sa drôle de démarche avait disparue. 

Donc finalement, que l’on vive sur un bateau ou à terre, en Polynésie ou au Groenland, en famille ou en équipage, un enfant s’adapte toujours et aime partage toujours sa joie de vivre avec ceux qui l’entoure.

Écrit par Emmanuelle Dumas, maman et seconde à bord de LifeSong

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Découvrez le Groenland à travers mon carnet de voyage

Toutes ces aquarelles ont été créées sur le moment avec la plupart du temps la vue que nous avions du pont de LifeSong.

Dès que j’ai revu la côte du Groenland et son mélange de mer, de montagnes, de glaciers et d’étendues vertes, l’inspiration m’est revenue.

Il faut croire que les paysages de palmiers et de sable de Polynésie et des Caraïbes me semblaient moins colorés que les panoramas arctiques…

Malgré les idées que l’on se fait du Grand Nord, les paysages Groenlandais sont riches en nuances et en couleurs. En été, le soleil de minuit offre une palette de couleurs douces et puissantes à la fois. On voit souvent l’horizon coloré de jaune, même en pleine journée. Faut-il encore oser le mettre sur papier…

On croit que les icebergs sont tout blancs voir avec un peu de bleu, mais ils sont en fait un mélange de gris, de turquoise, de vert, de bleu et même de transparent. Selon la lumière, ils scintillent comme des étoiles ou deviennent gris et menaçant.

C’était un beau de défi de capter cette lumière lorsque l’on passait à côté d’un de ses monstres de glaces. Quelques minutes seulement pour un croquis au crayon et pour enregistrer les informations d’ombres, de lumière et de couleurs.

 

Les couleurs du Groenland c’est aussi les villages aux maisons de bois bleu, jaune, vert, rouge et même rose. Une touche de gaieté pour les longues journées d’hiver et un plaisir pour les yeux lorsque l’on rencontre un minuscule village perché sur des rochers au détour d’un fjord.

Il me reste quelques pages blanches dans mon carnet de dessin… J’ai déjà hâte de le compléter lors de notre prochaine saison en Baie de Disko.

Vous rêvez de créer votre propre carnet de voyage sur les paysages arctiques? Consultez notre calendrier pour y voir les prochains départs!

L’odeur. Une simple odeur peut nous rappeler des milliers de souvenirs. C’est l’effet que cela m’a fait en arrivant au Groenland après 4 ans d’absence de cette terre que j’ai déjà un peu considérée comme mon chez-moi…

D’abord, il y a eu l’odeur de la mousse et de la terre dès qu’on s’est approché des côtes! J’ai tout de suite eu l’image des montagnes de la côte Est groenlandaise aux possibilités infinies. Les moments de détente, couchée dans la mousse, sous le soleil chaud des longues journées d’été. La diversité de petites mousses et lichens qui enrichissent cette terre rude. Les kilomètres à perte de vue de terrains sauvages où l’imagination d’un aventurier grimpe dans les nuages. Et cela m’a surtout rappelé cette ambiance groenlandaise que j’aime tant.

Ensuite il y a eu le débarquement à Nuuk et malgré que cette immense ville soit bien loin du calme de l’Est du Groenland, j’y ai retrouvé cette odeur de poisson et de phoque en décomposition. Une sensation qui peut paraître horrible au départ, mais c’est une odeur à laquelle on s’habitue. Une senteur qui m’a tout de suite rappelé « la maison ». Revoir les habitations de bois de toutes les couleurs, les visages souriants rougis par le soleil, les bateaux de pêche entassés dans le port et sentir cette fameuse odeur, m’a procuré un sentiment de bien-être instantané!

Quand on se rapproche d’un glacier ou même d’un iceberg, l’air change, se rafraîchit, le vent souffle légèrement pour nous apporter cette touche de fraicheur et de sel de mer.

Pour compléter cette redécouverte du Groenland, nous avons continué notre route à travers les fjords, les glaciers et les icebergs. Là, c’est l’odeur de l’air frais salé qui m’est apparue. Quand on se rapproche d’un glacier ou même d’un iceberg, l’air change, se rafraîchit, le vent souffle légèrement pour nous apporter cette touche de fraicheur et de sel de mer. Puis quelques fois, on entend les glaces qui nous parlent, qui craquent, qui tournent, qui fondent et qui grondent comme le tonnerre.

Voilà que nous sommes arrivés en baie de Disko, là où l’on trouve les plus gros icebergs de la région. Des monstres, des immeubles, des sculptures. La quantité d’icebergs par kilomètre carré est presque impossible, impensable. Aucune photo peut saisir cette immensité. Même face à face, elle reste difficile à saisir…

Ces dernières semaines au Groenland ont donc été pour moi un retour aux sources et un rappel que la nature est si belle, si fragile et si féroce à la fois.

Merci Kalaallit Nunaat de me faire vibrer depuis tant d’années. 

Depuis notre départ d’Halifax, nous avons navigué d’une surprise à l’autre! Contrairement à la Patagonie, à l’Antarctique et à la Polynésie, nous avons rencontré peu de marins ayant navigué la région. Nous avons donc vogué ces dernières semaines dans l’inconnu et la découverte avec une excitation d’enfant.

Tout le monde la sait, le Canada c’est très sauvage! Et bien, on confirme. Évidemment, étant un petit peu hors saison, cela aide à ne croiser personne ou presque…

La navigation en Nouvelle-Écosse est très intéressante; il y a de nombreux canaux, îles, villages minuscules et personnages curieux qui agrémentent la route. Nous avons essayé de comprendre des acadiens de Nouvelle-Écosse, parlé avec un homme qui hiverne seul sur une île fantôme, fait des feux sur des plages désertes et zigzagué entre les casiers de pêche au homard! On peut facilement passer des semaines à explorer les mouillages sauvages de l’île principale et de celle de Cap Breton!

Ensuite, il y a eu la traversée du Golfe du St-Laurent vers Gaspé et j’avoue que tout le monde a été un peu surpris à l’approche de Percé en voyant la quantité de neige qui restait encore dans les montagnes… On a même rêvé quelques instants que le centre de ski serait encore ouvert…

Une arrivée majestueuse avec ce contraste de neige et de roche, la vue du rocher percé, le doux soleil de printemps, une apparition de dauphins, les phoques qui se prélassent sur les bouts de glace restants et le clou du spectacle: un béluga qui joue avec le bateau pendant plus d’une heure!

On s’ancre dans la Baie de Gaspé où quelques glaces flottent encore. L’idée d’arriver à Gaspé, 11 ans après l’avoir quitté suite à mes études en Tourisme d’Aventure me rend surexcitée! Quel bonheur de revenir dans un endroit qui nous a tant touchés! 

J’avais évidemment « vendu » l’endroit à tous les équipiers leur certifiant que GASPÉ était L’Endroit de choix pour une escale! Nous n’avons pas été déçus… L’accueil reçu par la marina et toute la population côtoyée pendant notre séjour était exemplaire.

Nous avons quand même eu de petites frayeurs à cause des glaces qui ont soudainement attaqué le bateau à la fin du deuxième jour… On a donc dû bouger d’urgence dans la marina encore gelée… Une belle petite aventure en prévision du Groenland.

Nous avons quitté Gaspé à contre-coeur une semaine plus tard pour rejoindre Terre-Neuve. Après plusieurs heures de navigation, nous l’avons vu apparaître et cela m’a donné l’effet d’une arrivée Antarctique: un grand plateau blanc qui grossit doucement. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre de Terre-Neuve et j’ai été agréablement surprise d’y voir des montagnes dénudées et encore enneigés, des fjords profonds et sauvages et de microscopiques villages perdus. Les options de mouillages et de randonnées y sont nombreuses. Nous avions l’impression de nous retrouver en Patagonie!

Puis pourquoi ne pas faire un petit saut en territoire français?! Saint-Pierre et Miquelon sont des îles peu connues, souvent oubliées, mais aussi mythiques pour ceux qui en ont déjà entendu parler. Nous sommes également tombés sous le charme! 

À l’approche des îles, on découvre les grandes étendues désertes, les phares fiers dans la houle, l’île aux marins et ses maisons colorées et le village de St-Pierre étonnamment imposant par rapport au reste de l’île. On est accueilli comme des rois dans ce petit bout de France. Le premier voilier de l’année!

Nous avons donc été bien surpris de voir un autre voilier arriver le lendemain! D’autres «fous» de la voile: deux jeunes frères belges (18 et 21 ans) qui ont «modifié» leur trans-atlantique retour pour faire un petit crochet vers le Nord. C’est donc après 18 jours de mer depuis la Guadeloupe qu’ils sont arrivés sous le brouillard de St-Pierre sans chauffage et habillé de toutes leurs couches de vêtements! Belle rencontre.

L’escale fut courte à St-Pierre, mais juste assez longue pour tomber sous le charme des St-Pierrais et de ses îlots perdues aux charmes multiples.

On repart en se faisant demander de multiples fois quand allons-nous revenir… Notre navigation de nuit vers le Sud de Terre-Neuve fut tout aussi surprenante; nous y avons croisé nos premiers icebergs! Grâce aux cartes de glace, nous savions qu’ils étaient présents, mais c’est toujours irréel la première fois qu’on voit un de ces monstres blancs à quelques centaines de mètres du bateau dans la nuit noire… De St-Pierre à St-John’s nous avons dû en croiser une cinquantaine. Ils avaient tous l’air de dériver paisiblement comme si leur présence était des plus naturelles!

Notre navigation s’est clôturée dans le dense brouillard caractéristique de la région pour entrer dans l’étroit passage bordé de falaises de roches; seul accès au port coloré de St-John’s.

Heureux d’être à quai, on commence le rush des derniers préparatifs avant la grande traversée vers le Groenland!

À suivre…

C’est au dernier jour de mars que l’on a vu apparaitre New York à travers le brouillard. 

Après 4 jours de mer depuis les Bermudes et plusieurs semaines de navigation aux Caraïbes, la vue de « Big Apple » semblait irréelle. Les immeubles gigantesques ressemblait à des jouets,  comme si l’on avait empilés des legos sans limite et qu’une immense collection de voitures s’y promenaient toujours en rond.

Sous la pluie froide et le vent, nous avons tranquillement approché la ville et croisé la fameuse statue de la liberté toujours aussi fière à travers les nuages. Navigation épique!

On était le seul voilier de tout New York… Des extraterrestres arrivés de nul part. On a mouillé dans la Hudson River à la hauteur de Central Park. Au coeur de l’action et pourtant nous étions les seuls courageux sur l’eau. 

Le soleil est finalement arrivé en poisson d’avril comme pour nous narguer de notre dure navigation de la veille. La ville fourmillait de gens qui voulaient profiter des premiers rayons du printemps. 

Après plusieurs mois dans des régions où aucun édifice de plus de trois étages n’existe, nous étions sous le choc au coeur de Times Square et de Manhattan. L’impression d’être dans un monde de fourmis où chacun sait le chemin à suivre.

Après cette surprenant redécouverte de New York, LifeSong a continué sa route vers le Nord: Boston, Portsmouth, puis Halifax.

Le départ de New York était tout aussi épique que l’arrivée avec le passage sous 19 ponts immenses. À chacun, on doute quand même: «Est-ce que le mât passe vraiment ?!» 

Dans notre guide nautique de la côte Est américaine, il indique que la plupart des mouillages sont presque inaccessibles vu la quantité de bateaux qui veulent y mouiller… 

Des 16 jours que nous avons pris pour joindre New-York à Halifax, nous n’avons croisé qu’un seul autre «fou» en voilier! Les mouillages étaient donc toujours déserts et quelques villages donnaient même l’impression d’être abandonnés comme aucune des immenses villas de vacance étaient habitées.

La côte américaine était donc magnifique pour naviguer parsemée de maisons immensément grandes, de phares isolés, de plages désertes et de villages charmants.

 

La traversée de Portsmouth à Yartmouth, Canada (200 miles) fût longue dans le brouillard dense et la fine pluie gelée, mais les conditions nous ont obligées à prendre cette fenêtre. L’arrivée à Yarmouth était presque plus surprenante que celle de New York. 

Les nombreuses maisons sur la côte américaine étaient toutes magnifiques, immenses et bien entretenues. Quant à notre arrivée en Nouvelle-Écosse, le bord de l’eau était parsemé de cabanes soufflées par le vent, de maisons mobiles et même de roulottes! Quelle différence à seulement quelques miles d’écart! 

Le reste de la Nouvelle-Écosse est merveilleusement sauvages et respire la nature! Quel bonheur!

LifeSong continue maintenant sa route vers le Groenland, les surprises seront encore certainement nombreuses! 

À suivre…

 

Je suis tombée en amour avec le Groenland à l’hiver 2011 lors d’un voyage de ski et de raquette dont j’étais la guide. 

Voici les détails de cette histoire d’amour…

On survole les fjords encombrés de banquises et d’icebergs en hélicoptère avant d’atterrir dans le village qui dort sous un épais manteau neigeux. 

On distingue tout de même les couleurs multiples des maisons de bois colorés. Aucun bruit de voiture. Seul le souffle du vent qui fait rougir mes joues. On cherche une maison verte à travers ce labyrinthe de rues étroites et sans nom. Un chien à moitié enseveli dans la neige se met à japper à notre passage ce qui provoque le hurlement de centaines d’autres chiens. On découvre alors la musique locale.

Sans vous raconter toutes les péripéties de ces deux mois et demi d’expéditions en montagne (sinon vous en auriez pour la nuit), voici quelques moments qui font encore vibrer mon esprit. 

Toutes les nuits où les aurores boréales semblent danser sur le son d’un orchestre symphonique. Les Inuits souriants, drôles, surprenants avec qui nous tissons au fil du temps une amitié partagée.  Les chiens et les chiots qui sont les plus heureux du monde à traverser le pays en traineaux. Les icebergs immenses comme des chefs d’oeuvre d’architecture qui trouvent leur chemin à travers les nombreux fjords gelés. Sans oublier le Piteraq (vents catabatiques pouvant atteindre 200 km/h) sous la tente au milieu d’un glacier, l’avalanche qui m’a emportée sur 1000 mètres et l’intoxication de la nourriture au gaz blanc. Je tiens à souligner que les trois derniers faits se sont produits lors d’une expédition sans voyageurs, donc pas de panique.

Par le hublot de l’avion, je regardais défiler les montagnes blanches qui devenaient de plus en plus petites et j’étais convaincue que j’y reviendrais.

Mon voeu a vite été exaucé car j’y suis retournée 6 fois par la suite. J’ai donc pu découvrir la magie de l’été Groenlandais (guide lors d’expéditions de kayak de mer et de randonnée)… 

L’eau translucide qui, tel un miroir, reflète parfaitement les montagnes et les glaciers. Les fleurs abondantes qui transforment les paysages en aquarelle. Les baleines gracieuses qui surprennent au détour d’un iceberg. Les multiples phoques qui nourrissent tous les jours les villages inuits. Les renards arctiques aux yeux doux qui se baladent sans peur. L’approche des glaciers qui craquent en kayak de mer. Les randonnées sans limite dans des montagnes sans sentiers. L’impression d’être seul au monde. Et le jour qui ne se couche jamais dévoilant pendant des heures des couleurs pastels.

Vous l’avez deviné, le Groenland et ses couleurs est dans mon coeur et ma tête. Comme un enfant qui attend la première tempête de neige, je trépigne d’y retourner à l’été 2019 et j’espère pouvoir partager ma joie et ma passion avec ceux qui se sentent interpellés par mes mots.

Imara.

Article écrit par Emmanuelle Dumas, seconde et guide à bord du voilier LifeSong

Histoire et aquarelles d’Emmanuelle, seconde sur LifeSong.
« Terre en vue, mon Capitaine! » cria la chienne du haut du mât.

Après des semaines de navigation tumultueuse dans les eaux de l’Atlantique Nord, Fanette l’Affreuse et le capitaine Christophe le Téméraire atteignirent finalement la terre de glace, le Groenland.

La légende d’un trésor enfoui dans un des profonds fjords de l’est de l’île avait amené nos amis à braver vents et marées.

Maintenant, ils étaient près du but.

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À peine s’étaient-ils approché des premières îles que Fanette aperçut une drôle de bête à l’horizon. Elle se précipita à l’avant du bateau pour voir de plus près.

À sa grande surprise, ce n’était pas une bête, mais un homme flottant dans une embarcation bizarre.

Après un échange de mots et de gestes, le Capitaine comprit que c’était un Inuit nommé Ikasak venu en kayak du village de Kusuluk un peu plus au nord. Il leur proposa de le suivre jusqu’à chez lui.

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Quelle surprise pour la Fanette d’y découvrir un village de maisons de bois multicolores. Elle qui croyait que les Inuits vivaient dans des igloos!

Voyant la curiosité de la chienne, Ikasak lui explique qu’en quelques années les choses ont bien changé dans leur mode de vie. Ils ont laissé leurs maisons de tourbe et de roches pour le confort des maisons de bois scandinaves.

Ils chassent maintenant les phoques et les baleines en bateau à moteur plutôt qu’en kayak. Ikasak, qui a toujours adoré le kayak, conserve précieusement celui de son grand-père, construit de bois, d’os et de peaux de phoques.

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À peine débarquée au village, la Fanette se fit offrir une montagne de poissons frais! Elle les dévora avec appétit, tout en écoutant d’une oreille la conversation de Christophe et d’Ikasak à propos du trésor. Quelle chance, Ikasak a déjà entendu parler du trésor caché au fond d’un fjord au nord-est de Kusuluk! Il offrit une carte au Capitaine et le conseilla sur le chemin à prendre pour s’y rendre.

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Dans l’excitation de l’approche du trésor, nos deux amis remontèrent vite à bord pour lever l’ancre. Fanette ne lâchait plus la carte des pattes, puisqu’elle était responsable de la navigation.

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En cherchant l’embouchure du fjord à la longue vue, elle découvrit à son grand désespoir un horizon bloqué de glaces et d’icebergs gigantesques. Malgré les dangers, leurs désirs de découvrir le trésor les fit continuer.

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Ils zigzaguaient depuis quelque temps entre les glaces à la recherche d’un passage quand tout à coup, la Fanette vit un immense dos noir émerger de l’eau. Elle n’avait jamais vu d’aussi gros poisson!

« Ce n’est pas un poisson Fafa, dit le Capitaine, c’est une baleine à bosse! Regarde, sur sa peau et sa queue on voit de petites bosses blanches. Ce sont des coquillages qui se fixent à elle. C’est pour cela qu’on l’appelle baleine à bosse.»

La Fanette n’en croyait pas ses oreilles!

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Le spectacle était trop beau et au travers de ce labyrinthe de glaces, ils suivirent leur nouvelle amie qui semblait leur montrer le chemin.

Ils arrivèrent à la côte sans difficulté et la baleine repartit aussi mystérieusement qu’elle était apparue.

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À partir d’ici, ils devront continuer à pied vers le glacier. Enfin, Fanette était heureuse de courir sur la terre ferme! Elle monta une colline et de là, elle n’en crut pas son museau, il y avait une autre bête qui ressemblait drôlement à un chien, mais tout mince et d’une bien étrange couleur.

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Elle prit son courage à deux pattes et alla à la rencontre de la bête. Après la surprise de voir une inconnue, le renard se laissa apprivoiser par cet animal à drôles de rayures.

-Tu as une drôle de couleur pour un renard…  lui dit la Fanette

-C’est parce que je suis un renard arctique, l’hiver je suis tout blanc pour me camoufler dans la neige et l’été, je deviens gris-brun pour me fondre à la terre et aux roches.

-Tu as toujours vécu ici? Connais-tu le trésor caché au fond de ce fjord?

-J’en ai entendu parler, mais jamais personne ne l’a trouvé. Je peux vous amener au pied du glacier si vous voulez.

-On te suit, s’empresse de dire la Fanette.

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Arrivée au pied du glacier, la Fanette était très impressionnée de l’immensité du glacier et du bleu profond des nombreuses crevasses. À peine avait-elle eu le temps de remercier le renard de les avoir amené jusque là que déjà Christophe lui attacha son harnais et la relia à lui par une longue corde. Si jamais il y avait une chute, cette corde était leur seul espoir de survie. Ils partirent immédiatement sûrs d’atteindre le col avant la nuit.

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Le capitaine cria soudainement : « FANETTEEEEEEEEeeeeeeeee!!!!! »

Puis, la corde les reliait la tira violemment vers l’arrière. Christophe tombait dans une profonde crevasse! Fanette n’avait pas le choix, elle devait rapidement arrêter sa chute. De toutes ses forces et toutes griffes dehors, elle ralentit tranquillement la chute jusqu’à l’arrêt complet.

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Quelle peur d’avoir pu perdre son meilleur ami! La catastrophe n’était pourtant pas encore terminée, Christophe devait réussir à sortir de là. Fanette savait qu’il lui faisait confiance, elle reprit donc rapidement son souffle et commença à le tirer hors du trou. Un petit pas après l’autre, l’espoir est revenu. Au fil des efforts, elle voit réapparaître le piolet, puis le chapeau et finalement le sourire de son maître.

« Bravo Fanette! Merci Fanette! » le remercia le capitaine avec mille câlins.

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À peine l’émotion passée que nos deux aventuriers reprirent la route vers le trésor.

« Nous sommes si près du but! » lui assura Christophe.

Pourtant, le but n’avait jamais semblé si loin, pour les pattes de Fanette qui, sous l’effort, devinrent toutes meurtries.

Après plusieurs heures de marche complexe aux travers des crevasses, enfin, ils arrivèrent au col. La Fanette crut rêver lorsqu’elle aperçut la vue de l’autre côté de la crête. C’était si beau qu’elle sembla avoir cessé de respirer, elle se sentit flotter, inondée d’un bonheur sans nom.

« Fanette dépêche toi, on doit trouver le trésor avant la tombée du jour! » Aux mots du Capitaine, la chienne descendit d’un coup de son petit nuage sur les mots du capitaine et se remit rapidement au travail.livre-fanette-suite-2-2

Ils cherchèrent sans relâche le trésor, un indice, le moindre signe particulier, mais le soleil touchait l’horizon et ils restaient les mains vides. Le Capitaine s’assit sur une roche, se mit à pleurer en disant qu’ils avaient perdu leurs temps et risqué leurs vies pour rien. La Fanette se sentit impuissante devant la déception de son ami.

Le soleil continua sa chute sous l’horizon et colora le ciel, la mer et les glaciers de rose, d’orange et de mauve. À cette latitude et  à cette période de l’année, les couchers de soleil duraient des heures. C’était un spectacle magnifique.

La Fanette s’approcha de son tendre maître qui pleurait toujours la tête entre les mains, elle lui donna un petit coup de museau sous le menton pour qu’il regarde un peu le paysage spectaculaire devant eux. Elle lui mit une patte sur la cuisse pour lui faire comprendre que le trésor, il était là devant leurs yeux. Leur plus beau cadeau se fût finalement ce voyage, cette aventure, ces rencontres, ces paysages inoubliables et tous ces précieux moments passés ensemble.

Le Capitaine la serra contre lui et pleura cette fois de bonheur.

FIN