Et si notre vie de rêve pouvait s’arrêter du jour au lendemain?
Cela fait maintenant plus de onze ans que je vis en bateau, au fil des saisons, à travers les pôles. Et pas une seule seconde l’idée de m’en lasser ne m’a effleurée. Comment pourrait-on rester indifférent devant la beauté brute et immaculée des régions polaires, du Svalbard ?
Cette vie, qu’on a la chance de vivre — une chance nourrie de travail, de détermination et d’un brin d’acharnement — nous a déjà été momentanément volée pendant la pandémie. Comme tout le monde, on a dû revoir nos plans. 2020, qui devait nous emmener au Grand Nord, s’est transformée en cabotage en Nouvelle-Écosse et en traversée de l’Atlantique. On a pas été trop à plaindre, mais on s’est rendu compte que notre mode de vie n’était pas que lié à nos désirs…











Faire une pause sur ses rêves
L’année dernière, un coup de malchance (mélangé de chance au bout du compte) m’a frappée de plein fouet. Profitant d’un rare moment de pause entre deux expéditions, je suis rentrée rapidement au Canada voir ma famille. C’est là qu’une maladie — heureusement détectée avec une efficacité remarquable* — m’a empêcher de prendre mon billet retour… Impossible de remonter sur le bateau pour 6 mois (selon le premier médecin).
S’en est suivie une période d’isolement de plus d’un mois, loin de mon conjoint, de notre bateau, et des montagnes enneigées du Spitzberg. Un traitement lourd rendait mon retour incertain, voire dangereux. Mais grâce à l’aide précieuse de soignants compréhensifs et à un entêtement (presque maladif), j’ai finalement pu regagner « ma maison » un mois et demi plus tard.
Le sentiment qu’on m’enlevait ma liberté m’a fait réaliser que même si mon job et mon choix de vie me permette de profiter chaque année de moments magiques dans les régions polaires. Aucune garantie ne pouvait être donnée sur l’avenir. Vivre le moment présent m’a toujours paru important, maintenant il me semble essentiel.
*Un immense merci à une médecin à la fois efficace et emphatique, qui m’a probablement évité un scénario bien plus sombre.













Le retour du ski-voile au Svalbard
Ayant « raté » la saison de ski-voile au Spitzberg l’an dernier, je comptais bien en savourer chaque seconde cette année. Et j’ai été gâtée : deux groupes extraordinaires, qui ont su me faire confiance pour façonner leur voyage de rêve — et qui, en plus, sont tous rentrés sur leurs deux jambes !
Nous avons découvert de nouveaux sommets, des panoramas renversants, et des descentes grisantes.
Et qu’est-ce qu’on a rigolé !
Le Spitzberg vu d’en haut, avec ses montagnes blanches ponctuées de roche noire, offre un spectacle si beau que le cerveau peine parfois à tout assimiler. En silence, devant cette nature vierge et cet air pur, j’ai le cœur qui chavire.













Kayak-Rando dans les fjords
S’en est suivi deux autres séjours sur le voilier mélangeant navigations, kayak de mer, ballades et marche sur glacier. Deux séjours complètement différents car nous n’avons pas fait deux fois le même mouillages!
J’ai découvert encore une fois ds coins merveilleux et surprenant. Pas surprenant car une vie complète ne serait pas suffisante pour découvrir toute la richesse de l’archipel du Svalbard!
Quelques moments marquants de ces dernières aventures au Svalbard
Ski-Voile
- Du ski en « petites tenues » grâce au soleil, à l’absence de vent et aux températures douces — qui l’eût cru, au Spitzberg ?
- Des montées en boot packs qui donne parfois vivre de grandes émotions à certains
- Le ski au soleil de minuit dans une lumière tamisée magique
- La magnifique neige de printemps qui créer parfois des petites coulées!
- Un grotte de glace avec des centaines de stalactites!
- Marche en botte de ski de l’eau jusqu’au genou à découvrir un glacier en surge
- Suivre la banquise restante avec le voilier
- Skier les derniers restants de neige d’une rivière encastré dans les parois de Grumantbyen
- Profitez du soleil sur le pont devant le spectacle d’un front de glacier!
- Skier jusqu’au dernier mètre avant la plage et déjà senti l’odeur des gaufres franchement cuite au bateau
Rando-Kayak
- L’observation impressionnante de surges glaciaires sur Borebreen et Sefströmbreen : une avancée soudaine des glaces, à couper le souffle.
- Se baigner dans l’eau à 5 degrés devant un glacier!
- Du kayak dans une mer de glaces compactes : à chaque coup de pagaie, on heurtait des blocs durs — de vrais kayaks brise-glace !
- Une rando « bouette » : marcher dans la boue reposant sur un glacier, un concept inédit…
- De nouvelles découvertes dans l’étrange et fascinante ville fantôme de Pyramiden, toujours plus improbable à chaque visite.
- L’observation magique de la faune en pleine transformation : les couleurs qui changent, les naissances, la lutte pour survivre.
- Des centaines de bélugas entourant le bateau, avec les petits tout noirs contrastant le blanc des adultes.
- L’insouciance d’un phoque barbu, somnolant au milieu des glaces.
- Des renards arctiques curieux et sans peur, approchant à quelques mètres, leur pelage en vrac.
- La douceur d’avancer à la voile sans un bruit dans les fjords sans vagues..
- Les traces fraîches d’ours ainsi on se rappelle que nous sommes des invités sur ce territoire sauvage
- Les chutes de glace incessantes de glaciers en perdition, créant souvent des vagues déferlantes!
- Le crépitement des glaçons tout autour des kayaks, comme des bulles de champagne.
- La côte ogre remplie de grottes où niche les guillemots.
- L’eau translucide et glaciale remplie de méduses multi-couleurs.
- L’Arctique qui se couvre de fleurs malgré les conditions climatiques difficiles.
- Une soirée sur la plage au coin du feu; bonheur et sérénité assurés
- Les marches sur les glaciers qui changent tout le temps. Chercher le chemin à travers ces labyrinthe de glace pour mon plus grand plaisir!
Le Spitzberg a encore une fois prouvé qu’il pouvait me surprendre, m’émerveiller, me faire rire et m’émouvoir! Pas que j’en doutais, mais il me donne encore une fois l’envie de retourner encore et encore.



















Merci Catherine, Julie, Philippe, Maude, Anne, Karine, Cyril, Robin, Lambert, Olivier (x2), François, Isabella, Ambre, Dominic, Anne-Marie, Lauriane, Jérémy, Cyril, Raphaël, Maori, Paolo et Claudia.
Vous avez illuminé mes journées et transformé mon travail en partie de plaisir!
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