LifeSong Sailing

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On ne le vous cache pas, l’année est dure. Comme presque toutes les entreprises de tourisme à l’étranger, c’est une saison dans le négatif.

Cela dit, nous connaissons notre chance. 

Nous voudrions tout d’abord remercier nos fidèles équipiers de 2020 qui ont bien voulu reporter leurs croisières d’un an. Leurs compréhensions et leurs bonnes humeurs nous ont fait chaud au coeur durant cette période difficile.

On remercie également Karavaniers qui nous a permis d’organiser deux croisières au Canada. Ces deux voyages nous ont fait vivre des moments magiques avec des gens fabuleux au milieu des fjords de Terre-Neuve et dans la mer intérieure du Bras-Or, Nouvelle-Écosse. L’espace d’un instant, la pandémie ne semblait qu’un mauvais cauchemar…

Notre chance, c’est aussi d’avoir pu naviguer librement et d’avoir traversée sans entrave l’Atlantique du Canada à la France via les Açores. Nous avons pu savourer chaque mille nautique qui sépare ces deux pays. Deux fois huit jours soit près de 400 heures de navigation… Après cela, la durée d’un vol transatlantique semble presque irréelle. Avec Jade (9 mois) et Raphaël (qui a fêté ses 3 ans aux Açores) on a pas eu le temps de s’ennuyer durant le voyage. Encore une fois, nous voilà dont chanceux d’avoir eu Grand-Maman Andrée et Grand-Papa Ricky pour nous aider dans cette aventure hors du temps.

Vidéo d’une partie de notre traversée réalisé par Jojo, around the globe hitchiker.

Les Açores nous ont également ouvert leurs portes et nous avons pu pendant trois semaines découvrir ses îles paradisiaques à l’abri du virus. Alors qu’à peine quelques semaines plus tôt, près de 80 voiliers s’entassaient dans le port d’Horta où la loi n’autorisait aucun passager de descendre à terre. Heureusement, les tests de dépistage du Covid-19 sont arrivés juste à temps pour nous permettre après 24h de visiter librement les Îles.

Notre bonne étoile continue également en France où nous trouvons une place au port de Bénodet à quelques kilomètres de la maison du père de Christophe… Vous imaginez donc que nous pouvons vivre le confinement dans le confort d’une grande maison et, en plus, elle est à moins d’un kilomètre de la plage!  

Finalement, le plus important, toute la famille LifeSong «élargie» est en parfaite santé!


Et la suite…?

Cela dit, nous nous questionnons malgré tout sur l’avenir. Devons-nous tentez une reconversion passagère ?! Qu’adviendra-t-il du tourisme à l’étranger? Combien devons-nous investir dans la préparation du bateau?

Notre «offre» (nos croisières) nous semble trop belle pour s’arrêter là.

Nous croyons que nos voyages uniques continuent et continueront de faire rêver. Les destinations sauvages et les grands espaces gagneront certainement en popularité suite à un confinement plus ou moins difficile…

Alors on y croit. On a hâte de retrouver la mer et de vous faire vivre des aventures enivrantes. Nous aimerions continuer à être une fabrique de souvenirs, à vous faire ressentir des moments forts qui resteront à vie dans vos esprits. On a envie de continuer cette vie atypique sur ce si beau voilier qu’est notre LifeSong. Notre bonheur, c’est de partager cette passion qui nous anime; avec vous.

Les travaux entre-saisons sont donc commencés et nous mettrons toutes nos économies dans la préparation d’une très belle saison 2021. Nous, comme tous ceux qui viendrons à bord, profiterons certainement doublement de ces vacances en toute liberté!

Nouveaux: des produits LifeSong

En achetant un des ces produits, vous soutenez une petite entreprise, une famille, un projet de vie et vous nous donnez le sourire.

Pour nous aider à «arrondir les fin de mois» et également pour le plaisir d’«inventer » une gamme de produits LifeSong, nous venons de créer une boutique en ligne qui rassemble des produits uniques à nos couleurs. 

Découvrez-y des t-shirts illustrés, des articles en peaux de phoque, en toile de voile et des aquarelles…

VISITER LA BOUTIQUE EN LIGNE

Vous avez des idées à nous partager? Écrivez-nous!

La planète entière est ébranlée par la pandémie et tous en subissent les conséquences petites ou grandes. La plupart d’entre vous ont vécu des épreuves lors du confinement, ont perdu des êtres chers, ont eu leur voyage de rêve annulé ou subissent des difficultés financières. Sans oublier ceux qui risquent leur santé dans l’exercice de leurs fonctions; ces anges gardiens essentiels pour sortir de cette épreuve.

Et même pour ceux qui vivent isolés et loin de l’actualité, tous ont été impactés par ce virus invisible.

Comme la plupart des agences de voyage, des hôtels et des restaurants, nous devons maintenant vivre avec plusieurs mois d’arrêt complet. 

Évidemment, l’annulation de notre saison au Groenland nous a fait mal au coeur. C’est vrai que nous n’avions jamais imaginé être dans l’impossibilité de naviguer vers cette destination. Nous tenions pour acquis ces icebergs immenses, ces montagnes nues et ces villages paisibles. 

Pierre, notre équipier en 2019, nous avait dit lors de notre dernier voyage en Baie de Disko, « Ça y est, on n’ira pas plus au Nord maintenant ». Nous étions partis des Caraïbes en montant toujours plus vers le Nord sans rien pour nous arrêter. Et cette phrase de Pierre, mettait fin à des mois de découverte, nous rentions maintenant à la maison sur un chemin connu. La nostalgie ne m’avait pourtant pas touchée. Avec ma grosse bedaine de femme enceinte, j’avais hâte d’être en « ville » et après tout, nous y reviendrions dans un an.

Nous voilà maintenant un an plus tard et les icebergs sont loin dans nos rêves. Nous avions pris pour acquis notre liberté de naviguer…

Il nous reste tout de même le bateau, merveilleuse maison, pour un confinement tout en liberté!

Certainement au plus grand bonheur de nos deux petits matelots, nous avons tout notre temps pour leur offrir de la joie quotidienne. Et je crois bien qu’ils préfèrent la plage aux icebergs… 

On découvre donc à un rythme de vacances les beautés de la côte de Nouvelle-Écosse; ponctuée de phares, de plages, de maisons isolées et d’îles inhabitées. On oublie trop facilement les merveilles de son propre pays. On laisse donc la temps d’une saison, les paysages Groenlandais flotter dans nos têtes pour découvrir les Maritimes (Nouvelle-Écosse –Terre-Neuve) en profondeur. 

On a créé deux voyages , que les Canadiens puissent profiter et découvrir leur propre pays.

Croisière Nouvelle-Écosse

Croisière Terre-Neuve

Découvrez en images nos explorations des dernières semaines: plages de sable blanc, île déserte remplie de moutons, navigation entre les phares, maisons de pêcheurs isolés, randonnée sur des péninsules

Malgré la distanciation sociale, nous avons tout de même réussi à faire des rencontres intéressantes avec des locaux et des marins. Richesse de la vie de bateau.

Les délices de la mer sont aussi au rendez-vous : moules sur le feu, homards frais, pétoncles énormes et poissons pêchés du zodiac (maquereaux, morues, truites)

Ce moment de « pause » nous permet aussi de réinventer notre prochaine année. Nous traverserons vers la France via les Açores à la fin de l’été.

Et pour ceux qui commence à rêver à leurs voyages de 2021…

Nous retournerons bien-sûr au Groenland de juin à août avec le même programme de 2020. Il reste encore quelques places disponibles.

Nous conservons également notre début de saison (de mi-févrirer à mi-avril) en Norvège. Nous irons à la découverte des Lofoten sous un ciel d’aurores boréales et dans les fjords du Nord pour un séjour ski-voile.

Croisières en Baie de Disko

Croisière Lofoten et aurores boréales

Calendrier

Les inscriptions sont maintenant ouvertes. Écrivez-nous pour réserver votre place et pour connaître nos nouvelles conditions d’annulation.

Ça fait rêver encore plus qu’à l’habitude, non?

De votre salon, imaginez-vous seul au milieu des montagnes, regardant l’horizon disparaître au loin dans le silence profond des grands espaces.

Ce jour de liberté arrivera… mais pour l’instant soyez patients.

Avez-vous déjà fait une longue traversée à la voile? Quand on y réfléchit, traverser un océan est aussi un long confinement. 

En bateau, enchaîner les livres, élaborer longuement le prochain repas et regarder au loin pendant des heures, perdus dans ces pensées, sont des moments privilégiés.  Le temps tourne en boucle. Les jours se ressemblent. Dans cette routine, on en oublie la « vraie » vie. 

traversée du pacifique en voilier

Ça vous fait penser à votre quotidien actuel?

Donc dites vous que vous êtes en pleine traversée et comme tous les voyages en bateau, on sait quand on part, mais on ne sait jamais quand on arrive…

Vous avez peut-être pas les levers et les couchers de soleil tous les jours, les nuits où le ciel n’est plus noir, mais brillant d’étoiles… Consolez-vous car vous avez de l’eau chaude en quantité, un plancher qui ne bouge pas dans tous les sens, un peu plus d’espace et même des communications illimitées avec les gens que vous aimez! 

Se voir privé de sa liberté n’est drôle pour personne, mais tant qu’à y être obligé, profitez-en pour passer des moments privilégiés avec vos enfants, pour reconquérir votre âme-soeur ou pour faire un voyage d’introspection. Redécouvrez la cuisine avec des fonds de frigo, retrouvez vos passions oubliées (dessin, couture, écriture, musique, danse…), écrivez-vous une lettre à vous même à ouvrir dans un an ou encore planifiez votre prochain voyage d’aventure en voilier 😉

Nous, Christophe, Raphaël, Jade et moi-même, avons choisi de vivre tous les quatre sur le bateau en étant presque 24 heures sur 24 ensemble. Raphaël qui aura bientôt 3 ans n’ira pas à l’école. Nous seront ses professeurs tout en étant ses parents, ses amis et ses complices.

Plusieurs personnes nous ont déjà dit :

« Comment faites-vous pour être toujours ensemble. Moi, je n’en serait jamais capable! » 

Et bien, maintenant à vous d’essayer et de découvrir les richesses d’une vie partagée.

Note: Pour ceux qui travaillent sans relâche dans le système de santé, pour ceux qui vivent un deuil, pour ceux qui stressent face à l’avenir, on pense à vous. N’oubliez pas, un jour à la fois.

Comment a-t-on pu laisser notre belle Venus en Polynésie pour acheter un bateau cycloné sans le voir aux Caraïbes…

Découvrez toute l’histoire!

Le 1er septembre 2017, notre petit Raphaël est né à Tahiti, Polynésie Française. À ses trois jours, il était déjà à bord de notre bateau Venus, Baltic 51. Les navigations se sont ensuite succédées dans ses premières semaines de vie.

On était au chaud les pieds dans le sable avec tout le temps du monde pour apprécier ces premiers moments en famille.

Christophe ne pouvait cependant pas s’empêcher de penser…

Pourquoi pas un plus grand bateau?

Raphaël avait encore son cordon ombilical que Christophe m’assurait qu’il nous faudrait un plus grand bateau… Son argument irréfutable était que Raphaël prenait beaucoup trop de place du haut de ses 53 cm… J’ai innocemment accepté qu’il regarde les voiliers à vendre en pensant qu’aucun ne rencontrerait nos critères et surtout notre budget. J’avais sous estimé l’efficacité et la détermination de mon Christophe… Connaissant probablement les bateaux de Yacht World par coeur, cela lui prit peu de temps pour commencer à me convaincre que ce beau et grand Garcia 68 nommé LifeSong serait notre maison idéale. 

Ses arguments de vente: vingt et un mètres, en aluminium, construction française, de 1997, quatre grandes cabines et quatre salles de bain, un grand pic avant (pour pouvoir mettre des kayaks), une cabine isolée avec double portes pour Raphaël, deux cockpits (dont un avec une table), des nombreux hublots (plus de trente!), l’espace pour installer une laveuse, une immense cuisine avec grand frigo, congélateur, machine à café et même un lave-vaisselle et l’élégante beauté des lignes de LifeSong.

Après Irma…

Allez pourquoi pas! Le problème restait toujours le prix et en y réfléchissant; l’emplacement. Selon le site de vente, le bateau serait à Saint-Martin; où Irma avait fait des ravages il y a une semaine… Avoir une réponse d’un agent après cette catastrophe naturelle était un sacré défi.

Heureusement, avec l’aide d’un broker de Papeete, nous avons découvert que le bateau était bel et bien à Saint-Martin lors de l’ouragan… LifeSong ne faisait pas partie des milliers de bateaux ayant coulés. Il avait bravement survécu à cogner pendant des heures sur un quai de béton. Un catamaran ayant démâté dessus, LifeSong avait également perdu son mât causant de gros dégâts sur le pont. 

Vu la quantité d’épaves à Saint-Martin, le processus fût long pour avoir des photos précises des dégâts. Christophe commença à détailler les futurs travaux, à communiquer avec des fabricants de mât pour connaître les prix, à faire un budget et un échéancier. Sous les cocotiers de Polynésie, il commençait son obsession de LifeSong jusqu’à en créer une chanson pour notre jeune mousse! 

C’est au début janvier que l’on reçu LE courriel décisif. Nous pouvions rachetez le bateau à l’assurance via l’ancienne propriétaire, mais il fallait faire vite! On s’est lancés! Sans voir le bateau et sans totalement savoir dans quoi on s’embarquait, on quitta dans la hâte, l’excitation et la nostalgie la magnifique Polynésie et notre belle Venus.  

Un nouveau départ

Après notre retour à Montréal pour signer les papiers de vente, Christophe alla au plus vite rencontrer notre nouvelle acquisition. Moi, je restais avec Raphaël dans l’hiver québécois. 

Cinq mois après Irma, Saint-Martin était encore dans le chaos. Plusieurs chantiers de réparations avaient commencées, mais de nombreuses maisons n’avait toujours pas de toit. Les voitures étaient toutes cabossées; les vitres brisées. L’aéroport, détruit, était remplacé par des tentes. Des centaines de bateaux coulés créaient un champ de mines à travers le lagon. Les émotions et le questionnement, emplissaient la tête de Christophe avant même de découvrir LifeSong. 

La marina qui devait auparavant être la plus luxueuse de l’île était maintenant entourée d’épaves dont un yatch de milliardaire de 50 mètres en plein milieu des quais. Comment LifeSong avait-il pu survivre à ce désastre? 

Rencontre avec LifeSong

Dès son arrivée, Christophe fit méthodiquement le tour du propriétaire vérifiant l’état des fonds, du moteur, du groupe électrogène et de la structure complète, espérant avoir bien planifié ses réparations. Il prenait maintenant conscience de l’aventure dans lequel il nous embarquait… De l’ampleur de l’énergie à déployer dans les prochains mois.

Nous avons évidemment eu quelques mauvaises surprises. Suite à l’ouragan, les rats avaient gagné tous les recoins de l’île à la recherche de nourriture. Ils ne restèrent pas longtemps dans notre voilier, mais juste assez pour abîmer des boiseries et nous laisser des crottes un peu partout… 

Le chaos post-Irma entraîna également énormément de vols à travers Saint-Martin, le bateau fût donc dépouillé de tout l’électronique, du moteur hors bord, de l’annexe et de l’équipement de plongée, bref de plusieurs éléments qui faisaient grimper la facture.    

Autrement, l’intérieur du bateau était magnifique, spacieux et mieux encore que nous l’avions imaginé. L’extérieur était lui épouvantablement triste à voir… On se consolait en voyant qu’aucun winchs (extrêmement coûteux sur un voilier de cette taille) n’avaient souffert et que le pont en teck malgré quelques réparations à faire était magnifique. 

Une quantité inimaginable de travail nous attendait, mais nous étions confiant que LifeSong ferait le plus beau des bateaux charter pour les régions polaires.

Et maintenant…

Par où commencer un chantier d’une telle grandeur? Déjà, il fallait sortir le bateau de l’eau. Suite à la catastrophe, les chantiers de Saint-Martin avaient tous triplé ou quadruplé leurs tarifs en sachant très bien que ce ne seraient pas les clients qui manquent. Les ouvriers allaient certainement en faire de même et l’approvisionnement en matériaux restaient encore difficile même plusieurs mois après Irma. Pour ajouter à cela, nous allions bientôt retomber en saison cyclonique… À l’idée de peut-être voir notre travail terrassé par une nouvelle tempête, on pris donc la folle décision de partir vers Trinidad. 

Une traversée périlleuse 

Une navigation de 600 miles nautiques à travers les Caraïbes avec un bateau sans mât et un bébé de sept mois! Un plan ambitieux, mais réaliste après une révision complète du moteur et l’achat d’équipement essentiel.

Nous avons donc quitté le triste lagon de Saint-Martin sous la chaude pluie du mois d’avril. Plus on s’éloignait de la côte, plus le stress de l’équipage augmentait à la vue de la houle grandissante. Nous étions finalement qu’une coquille de noix en plein océan! Seul Raphaël restait d’un calme et d’un enthousiasme surréaliste face à la situation. 

On pourrait qualifier notre première navigation vers Saint-Kitts et Nevis de «Rock and Roll». La forte houle et les orages nous secouaient de tous les côtés. Je vous laisse imaginer les mouvements saccadés d’un voilier sans mât avec un fort tirant d’eau dans des vagues désordonnées. Assez désagréable. Après deux heures en mer, j’étais prête à prendre l’avion avec mon pauvre petit coco à n’importe quel prix. Heureusement, le vent s’est calmé et nos corps de sont tranquillement habitués à ces embardées chaotiques.

Cela nous prit un bon trois semaines pour rejoindre Trinidad en s’arrêtant dès que la température s’annonçait trop costaude. Presqu’à chaque mouillage, des marins arrivaient en annexe pour nous proposer de l’aide pensant que nous venions de démâter. Leurs surprises semblaient toujours plus grandes une fois qu’on leur annonçait que nous faisions cette navigation volontairement avec le bateau dans cet état et avec notre bébé.  

Quelques petits problèmes techniques…

Comme nous étions toujours au moteur et que les casiers sont souvent reliées à des bouteilles de plastique transparentes qui disparaissent dans les vagues… Nous avons certainement atteint un nouveau record de lignes de casiers prient dans l’hélice. À six reprises, nous avons du plonger pour retirer les débris de bouts et ce, souvent dans des conditions difficiles.

Un autre problème récurent que nous avons eu était dû à l’énorme quantité de sargasses (algues) dans les Caraïbes qui crée d’immenses îlots flottants souvent impossible à contourner. Nous avons donc eu mainte fois le moteur privé de son arrivé d’eau de mer. Au moindre changement de régime, Christophe devait bondir dans la calle moteur pour vider le filtre à eau de toutes ces algues.

Mais malgré tout, nous sommes arrivés glorieux dans la Baie de Chaguaramas prêt à affronter le chantier sans fin qui nous attendait.

Le chantier

À peine trois jours après notre arrivée, nous sortions le bateau de l’eau au chantier de Power Boats. Cela nous permis de découvrir rapidement les dessous de LifeSong qui heureusement ne présageait pas de catastrophe. Les dégâts s’étaient bel et bien limités au dessus de la ligne de flottaison. 

À cause de son tirant d’eau de 3,05 mètres, LifeSong était à la limite de frôler le sol même dans l’énorme travel-lift. Le chantier décida donc de nous creuser un trou pour la quille à l’aide d’un tractopelle pour pouvoir rabaisser au maximum le bateau. 

Une fois posé sur les bers, nous commencions à dépouiller LifeSong de tout ce qui ne serait pas nécessaire pendant les travaux. On a commencé par remplir un premier locker, puis un deuxième, pour que finalement le chantier nous fournisse une pièce complète pour compléter le stockage sans fin.

Le plus dur de ce début de chantier, était de devoir démonter les deux cabines avant et une bonne partie du carré pour avoir un accès direct à la coque. L’intérieur, si beau et parfait, était maintenant en pièces détachées dans nos nombreux entrepôts.

Les travaux de soudure

Les soudeurs devaient attaquer les réparations le plus vite possible car cette étape seraient certainement la plus laborieuse. On pensait pouvoir décabosser l’aluminium en majeure partie, mais selon les ouvriers, il était plus facile de tout découper pour ensuite ressouder de nouvelles plaques. On a donc suivi l’avis des experts et en peu de temps on s’est retrouvé avec dix mètres de coque en moins! Étape très impressionnante pour nous, pour les soudeurs et surtout pour tous les navigateurs qui longeait la clôture du chantier. 

Une fois les nouvelles plaques d’aluminium soudées, notre délicat bateau s’était transformé en Frankenstein. Malgré cette allure monstrueuse, on était heureux de se dire que le plus gros était accompli. Nous avions malheureusement sous-estimé les travaux de peinture… Pour redonner des formes parfaites à la coque, nous avons dû enduire de pâte la majeure partie du bateau pour ensuite tout poncer.  Ce ponçage extrêmement physique s’effectue manuellement avec une cale d’environ un mètre. Un travail presque inhumain qu’on a dû faire en boucle pendant plus de huit semaines. Les épaules de Christophe doublèrent de volume vue le nombre d’heures passées en équilibre sur les échafauds à voir la pâte rouge se réduire en poussière encore et encore. 

En alternance avec les travaux de peinture, la soudure terminée, on pouvait maintenant «reconstruire» l’intérieur du bateau! Enfin, on avait l’impression d’avancer au lieu de reculer. Il fallait d’abord ré-isoler chaque bout d’aluminium pour éviter la condensation dans les eaux plus froides. Puis, replacer les murs et les meubles en érable. Les formes de la coque dans la cabine avant ayant légèrement bougées avec les nouvelles plaques, l’ajustement des meubles fût à refaire pour arriver au millimètres près. Un travail de précision réalisé avec la patience de Christophe autrefois rénovateur de meubles anciens.

Un nouveau mât

Pour compléter nos journées déjà bien remplies, nous devions en simultané préparer le reste du chantier. Le mât, commandé dès l’achat du bateau, était en construction en France. Fabriqué par la compagnie Maréchal en Vendée, il serait presque à l’identique de celui construit il y a 20 ans excepté qu’il serait en trois morceaux pour pouvoir voyager jusqu’à Trinidad par conteneur.   

Et tant qu’à avoir un immense conteneur qui arriverait de France en milieu de chantier, pourquoi ne pas le remplir au maximum de tous les matériaux nécessaires et difficiles à trouver en Amérique du Sud? On l’a remplit sans trop de difficulté : annexe, bouts, outils, literie, isolation, tuyaux, kayaks, etc.

Faire venir un conteneur est plutôt simple sur papier, mais en réalité tout est mit en oeuvre pour que l’importateur paye le plus gros montant. Ayant sa marchandise en «otage», on se rends vite compte qu’on a le plus petit bout du bâton. Malgré plusieurs frustrations, il fût possible d’importer l’ensemble de notre matériel sans payer de douanes ou de taxes. Ceci n’est pas possible partout, mais Trinidad fait partie des endroits où les plaisanciers peuvent importer sans trop de problème.

Le conteneur arrivé, la suite des travaux un peu plus techniques ont commencés. 

Les travaux de mât évidemment: manchonnage des trois sections, installation des bouts, câbles électriques, barres de flèches et gréement. Puis, la stressante opération de remâtage avec une grue gigantesque. De voir une bonne partie de notre budget se cambrer et flotter dans les airs au bout d’une corde était un moment particulièrement fort en émotions!    

Travaux multiples

Je me suis également attaquée aux travaux de couture pour réaliser nos deux capotes, un taud de grand voile, des pochettes à outils et des housses multiples. Ayant apprise à coudre il y a moins de deux ans et principalement des articles de bébé, le défi semblait de taille. Mais finalement, si l’on a du bon matériel et que l’on suit bien les étapes de fabrication,  faire une capote n’est finalement pas si complexe.  Il suffit de croire en ses capacités, d’y aller tranquillement et de faire preuve de créativité.

De nombreux autres travaux ont occupés nos soirées et même nos nuits jusqu’au tout dernier jour. Nous étions littéralement dans une course contre la montre. Heureusement, plusieurs personnes sont venues nous aider pour une heure, une journée ou plusieurs semaines apportant leur savoir-faire et leur énergie. Une arme indispensable pour gagner cette course effrénée. 

Et notre bébé dans tout ça?

De ses 7 à 16 mois, Raphaël était présent à presque toutes les étapes du chantier. Ne connaissant pas vraiment d’autre vie, pour lui, c’était sa routine de s’endormir avec les bruits de perceuse, de partir constamment en vélo chercher du matériel dans différents magasins et de jouer entre les outils de papa sans rien toucher. Il a même appris à marcher sur le chantier ayant comme motivation d’atteindre les échelles des bateaux (qu’il réussissait à grimper bien avant de savoir marcher).

Mes journées de travail étaient donc rythmés par les siestes de Raphaël qui me permettaient de mettre la main à la pâte sans distractions.

Évidemment, cet environnement n’est pas l’idéal pour un bébé, mais Raphaël a fait preuve de beaucoup de patience et d’écoute tout au long de l’aventure. Et il nous a surtout apporté du bonheur et de la bonne humeur dans les jours plus gris.

Je suis certaine qu’en y repensant dans quelques années, on se qualifiera nous-même de fous d’avoir traversé ce chantier avec lui, mais finalement, lorsqu’on est dedans on le fait en regardant droit devant sans se poser de questions et ça avance tout seul.

Le grand jour

Durant presque tout le chantier, LifeSong était emprisonné sous une grande bâche recouvrant entièrement le pont jusqu’à la ligne de flottaison. Nous avons donc pu travailler beau temps, mauvais temps, même pour faire la peinture. Un élément essentiel dans le succès de notre chantier. Cette bâche cependant nous empêchait d’apprécier l’avancement des travaux. On ne voyait pas bien la beauté de la peinture ou l’intégration du portique aux douces lignes de LifeSong. 

On s’est donc sentis comme à la veille de Noël lorsque nous avons «déballé» notre gros cadeau juste avant la mise à l’eau. Wow, on avait bien travaillé, le bateau était simplement magnifique.

Le grand jour était arrivé, notre LifeSong était méconnaissable après une telle métamorphose et elle allait enfin retrouver la mer!

Au total, nous serons restés neuf mois hors de l’eau à préparer jusqu’aux moindre détails notre nouvelle maison et outil de travail. La mise à l’eau nous a donc semblé comparable à un accouchement ou en d’autre terme à une «délivrance». Et comme un bébé, la mise au monde n’est que le début de l’aventure…

Premières navigations

On quitta Trinidad une semaine après la mise à l’eau, heureux de tourner la page sur une étape exigeante et qui nous paraissait sans fin.

On est partit avec un bon 20 noeuds de travers, un ris dans la Grand voile et génois légèrement enroulé. LifeSong a rapidement atteint les 9 noeuds de vitesse de croisière. Il n’y avait pas eu erreur sur la marchandise, le bateau marchait bien et restait confortable et silencieux même dans la forte houle. Un vrai bonheur de retrouver la mer dans ses conditions. 

Et Crack…

Puis après cinq heures de navigation, on a entendu un grand «Crack!» On ne voulait surtout pas y croire, mais de toute évidence, notre grand voile était déchirée sur un bon mètre et ça continuait de s’agrandir. On avait pourtant fait vérifier toutes les voiles et on nous avait assuré qu’elle tiendrait encore un ou deux ans… Le prix d’une Grand Voile sur un tel bateau  comporte beaucoup trop de zéros. Surtout en fin de chantier alors qu’on croyait être arrivé à bout des dépenses de toutes sortes… Mais bon, pas le choix, un voilier se doit d’avoir de bonnes voiles, on commanda donc lors de notre courte escale à Grenade une voile en urgence qui devait être livrée dans trois semaines à Saint-Martin.

On fit donc notre première croisière de Martinique à Saint-Martin qu’avec le génois. Heureusement, avec les alizés constant, le bateau marchait à merveille à 8 noeuds de moyenne. À Saint-Martin, notre grand voile arriva comme prévu et nous pûmes reprendre la route direction les Bermudes avec seulement un jour de retard.

Question de prolonger le plaisir, les petits travaux ont continués dans chaque temps morts de croisière et lors de chaque escales jusqu’à notre arrivée aux États-Unis. Rendu à New York, le bateau était finalement entièrement fonctionnel avec le chauffage dans chaque cabine et le double vitrage de nos trente hublots. Nous étions fin prêts pour la remontée vers le Groenland!

La suite de nos navigations, vous les avez peut-être lu dans nos articles précédents…

New York, New York

Les merveilles du Golfe

L’arrivée de LifeSong au Groenland

Les couleurs du Groenland

L’odeur de la maison

Et si c’était à refaire?

Tous les jours je me relancerais dans l’aventure, malgré les moments de doute et les stress financiers. Ce changement en valait totalement la peine. 

Par contre, jamais je n’entreprendrais un tel défi seule. Il faut savoir bien s’entourer et partager les épreuves en équipe. Sans aucun doute, la persévérance, la détermination, l’acharnement et le savoir-faire de Christophe ont été la clé de ce succès. 

Vous avez un brin de folie et beaucoup d’énergie (et de temps)… Lancez-vous!

Voir le montage vidéo de notre chantier…

En ce 15 janvier 2020, l’équipe de LifeSong aimerait rendre hommage à un homme extraordinaire qui a changé nos vies. Embellit nos existences durant ses 9 mois à bord.

Trinidad, janvier 2019

Il y a un an jour pour jour, je suis allée chercher à l’aéroport un jeune homme souriant et motivé par le désir d’aventure. Après quelques semaines, on l’appelait déjà NOTRE Pierre. Et après quelques mois, j’ai suggéré, à moitié à la blague, de l’adopter.

Malgré que l’on ne connaissait pas Pierre avant son arrivée à Trinidad, il s’est magnifiquement bien greffé à la famille. Ses premières semaines ont pourtant été difficiles car nous l’avons accueilli dans une fin de chantier chaotique. Il a, dès la première journée, commencé à faire des travaux de toutes sortes de jour comme de nuit… En à peine deux semaines, il avait brulé toute sa petite graisse de bedaine, à monter et descendre les marches des centaines de fois par jour dans la chaleur accablante de Trinidad. 

Malgré que « Notre Pierre », ne soit pas très manuel à la base, ses connaissances se sont vite multipliées. Et son désir de perfection lui a fait réussir bien des défis. 

Au début février, nous avons enfin pris la mer pour la longue remontée vers le Groenland. L’aventure, la vrai, allait commencer! Encore une fois, Pierre a su se rendre essentiel pour l’équipe que ce soit en nous cuisinant de bons petits plats, en effectuant les manoeuvres de pont ou en jouant à la pâte à modeler avec Raphaël.

Comme un grand frère

Pour Raphaël il y avait : Maman, Papa et Pierre. Tous aussi essentiel à son bonheur et à son bien être. Sans que cela paraisse forcé, Pierre l’a nourri, lavé, porté en randonnée et à sans relâche inventé des nouveaux jeux embellissant l’imaginaire de notre enfant. 

Du plus profond de mon coeur de maman, merci Pierre, pour tout cela.

La fin d’une grande aventure

Avez-vous déjà passé neuf mois avec quelqu’un qui n’est ni votre conjoint, ni votre enfant, jour après jour, partageant chaque repas et chaque activité? Cet exploit me paraissait presque impossible sans accro, mais Pierre a su être discret et présent à la fois, une vraie « Perle » pour LifeSong.

La séparation à l’automne dernier fut bien difficile… Christophe et moi avons apporté Pierre à l’aéroport pour qu’il regagne Paris. Cela nous a fait l’effet de laisser partir notre fils pour la première fois vers un long voyage. Il faut savoir laisser ses enfants voler de leurs propres ailes…

En pleurant comme des madeleines devant l’entrée des « Departures », on avait chacun des souvenirs mémorables en tête et le désir de repartir ensemble à l’aventure!

Pierre, Merci. Malheureusement, il n’existe pas de mot plus fort pour t’exprimer notre reconnaissance.

Blog écrit par nos équipiers de la saison 2019 au Groenland. Merci à tous!


Un instant de pur bonheur sur LifeSong

Par Andrée Tremblay

Au petit matin le ciel est gris, les pécheurs du port de Manitsoq nous annoncent de la pluie… Tant pis, l’équipe de LifeSong nous amène quand même découvrir tout au fond d’un petit fjord un glacier sublime. Notre tout premier car notre séjour débute.

Nous délaissons tranquillement le large pour s’y diriger. La mer est calme, le vent ne souffle pas, chaque équipier fait connaissance avec le bateau. Chacun y trouve son endroit favori, moi c’est le petit banc tout au bout de la proue. J’aime m’y assoir avec les pieds qui ballotent dans le vide au-dessus des vagues qui se cassent sous la coque. LifeSong se fait majestueuse, elle glisse sur l’eau doucement, tendrement et elle nous invite à savourer le moment présent.

La brume se lève, les rayons du soleil nous réchauffent et on entrevoit le glacier tout au bout. On avance lentement, très lentement, on prend le temps d’observer les parois rocheuses qui nous entourent, des parois sans arbres, avec peu de végétation, ou des milliers d’oiseaux y ont élus domicile. Leurs cris sont intensifiés par l’étroitesse du fjord, c’est magique.

LifeSong s’arrête tout près du glacier et se laisse voguer au gré du courant, pour permettre à chacun de savourer la beauté des lieux. La faune qui nous entoure nous émerveille, nos sens sont à l’affut et puis tout à coup on se rend compte de l’immense chance qu’on a d’avoir vécu un instant de pur bonheur.

Gravé pour toujours dans ma mémoire.


La rencontre avec la baleine

Par Quentin Laganne

Nous arrivons dans la baie de Pakitsoq en milieu d’après-midi. Christophe et Emma sont dithyrambiques sur ce lieu. A priori on va voir des baleines ! Le bateau avance avec un cheminement étudié, et tous les yeux sont rivés sur les alentours du bateau, mais pas de baleines à l’horizon… L’opération d’ancrage pour le mouillage du soir s’organise, tout se passe bien et une petite balade de 2 heures à terre nous fait voir les environs rocheux et le décor de toundra qui nous entoure. Le soleil s’approchant de l’horizon, les couleurs s’adoucissent, le paysage est grandiose ! Mais toujours pas de baleines en vue…

En revenant, l’apéritif et le dîner sont prêts, avec Emma aux fourneaux, on sait que l’on ne sera pas déçus !

Mais c’est vrai qu’elle est belle cette baie et l’équipage, sûr de lui, nous dit que la baleine sera de sortie ce soir, et nous invite à faire une virée « nocturne ». Les quelques courageux embarquent sur l’annexe pour aller mieux admirer cette baie depuis un petit sommet sur la côte. En arrivant, nous voyons filer devant nous un renard polaire, de bonne augure !

Puis en arrivant au sommet la baleine est là dans la baie avec son baleineau. Et en effet, dans cette baie remplie de poissons, le dîner de ces énormes mammifères est un vrai spectacle : les baleines font remonter les bancs de poisson, les mouettes plongent à leur tour pour se nourrir tout comme les phoques qui rodent pour profiter du festin. C’est un vrai balai dansant où tous les animaux se côtoient devant la puissance du déplacement et du souffle de ces géants des mers. Il doit être autour de 22h, la luminosité a faibli, mais le ciel est toujours éclairé par des variations de couleurs rosées. La baleine en chef d’orchestre mène la symphonie quasiment silencieuse dont nous profitons sans un mot, bouches bées.


Pagayer avec les glaçons

Anonyme

Ce matin le brouillard nous enveloppe; on a la tête dans les nuages. Les craquements des icebergs qui ont valsés toute la nuit autour du bateau résonnent doucement à la coque. Que va-t-on faire aujourd’hui avec ce brouillard si dense?

Emmanuelle, la guide du bord, semble enthousiasme à nous amener en kayak. En quelques minutes nous sommes prêts et on suit de près le kayak d’Emma; petit point rouge dans ce désert blanc.

La météo Groenlandaise est surprenante; je n’avais encore jamais vu de brouillard si dense avec du soleil… Le ciel au dessus de nos têtes était parfaitement bleu, mais les nuages blancs nous encerclent encore parfaitement.

Après quelques coups de pagaie, LifeSong avait disparut dans le blanc. Nous étions entourés de nuages et de glaces! Comment pouvait-on s’orienter dans ce labyrinthe? Emmanuelle semblait confiante et nous menait comme par magie à découvrir ce paysage unique.

Les icebergs grondaient autour de nous et se fracassaient quelques fois en mille petits bouts, nos pagaies frappant de temps à autre une glace flottante. Comme on avançait lentement et silencieusement; les craquements, les pétillements et les chutes d’eau créaient une douce musique à nos oreilles.

Profitant pleinement de l’instant présent, nous avons peu parlé durant cette sortie de deux heures. De retour sur LifeSong, un simple regard entre nous confirma que cette sortie fut extraordinairement magique pour tous.

Et malgré que personne n’ai pris de photos de peur de mouiller leurs appareils, ce moment restera pour tous inoubliable!

La normalité pour notre Raphaël, qui vit à bord depuis ses trois jours, est tout autre que la plupart des enfants canadiens ou français… 

Pour lui, prendre sa collation en regardant les icebergs craquer est son quotidien. 

Ne pas avoir embarqué dans une voiture pendant plus de quatre mois ne lui manque pas.

Manger du poisson fraîchement pêché (espadon, requin, morue, truite, omble arctique) est son mêt préféré.

Regarder un phoque se faire dépecer ne le gêne pas; il comprend que c’est pour le manger.

Sauter dans l’annexe après la sieste pour aller à la pêche aux moules lui semble le plus beau réveil.

Regarder son papa faire l’entretien du moteur est son activité préférée. 

Apprendre à faire des roulades dans la mousse arctique est encore mieux que n’importe quel jouet.

Et voir des baleines souffler à quelques mètres du bateau lui semble moins exotique que de voir un chat!

Ses journées à bord, sont un peu différentes que s’il allait à la garderie… 

Pour Raphaël, une bonne journée « normale » commence par (aider à) faire des crêpes pour les équipiers qui cohabitent avec lui pour deux semaines. S’habiller rapidement pour pouvoir escalader l’échelle de la descente, mettre sa «pieuvre» (veste de flottaison) et, enfin, embarquer dans le «petit bateau» (annexe) et conduire le 15hp jusqu’à la côte! À terre, tout est merveilleux, les fleurs, les roches, les ruisseaux… Et c’est en enchaînant les «sauts de kangourou» d’une roche à l’autre, qu’il peut grimper juste assez haut pour prendre son goûter avec une vue sur l’infini. Des fois, Raphaël continue la randonnée dans le sac à dos ou regagne le bateau pour sa sieste dans son lit bercé naturellement par la mer.

 

Mais finalement, même avec cet horaire de vie atypique, comme la plupart des garçons de son âge, c’est une histoire d’amour avec les petites voitures. La collection complète se promène pour des courses toujours plus incroyables du cockpit à la cuisine. 

La plupart de nos équipiers se font prendre au jeu et retombent en enfance en faisant des «Vroum vroum» et des pistes de courses avec des coussins. 

Raphaël s’est beaucoup développé au court de notre saison grâce aux découvertes quotidiennes, aux multiples aventures, à la diversité de nos équipiers et à toutes ces heures privilégiées passées avec sa mère, son père et son Pierre. 

 

Là où je me suis vraiment rendu compte de son «décalage» par rapport au monde «normal» c’est lors de notre départ du Groenland en avion. Dans le bateau-navette qui nous amenait en une heure à l’aéroport, Raphaël n’a pas cessé de fixer les trois enfants groenlandais assis à côté de nous. Sans mot ni sourire, seulement à les observer sans bouger… C’est vrai qu’il n’a pas beaucoup vu d’enfants depuis quelques mois…

Mais finalement rendu à l’aéroport, les garçons (2 groenlandais, un danois et notre franco-canadien) se sont regroupés autour des petites voitures de Raphaël et, peu importe leurs langues, ils faisaient tous «vroum vroum» avec le sourire!

Ensuite, évidemment, prendre l’avion était excitant. Raphaël étant à son vingtième décollage, il adore et il n’a cessé de me dire «en haut, en haut!» durant le vol.

Nous avons ensuite gagné l’Islande pour une nuit et le lendemain avons rejoint l’aéroport international en autobus. Nous étions au premier rang pendant les 45 minutes de route, Raphaël m’a montré toutes les autos en disant leurs couleurs et à dit «GO» au chauffeur à chaque lumière verte. Je crois que les gens autour de nous ont pensé qu’il n’était jamais sorti de chez lui! Il voyait finalement des « vrais » voitures qui font de vrai «vroum vroum»!

À l’arrivée au Canada, Raphaël a découvert sa chambre d’enfant, son grand lit et une multitude de nouveaux jouets. Quelle émotion! 

Déjà pour moi, les différences d’ambiance entre Montréal et le Groenland étaient dures à assimiler… Simplement voir les feuilles des arbres vibrer sous le vent me semblait irréel et la vitesse de la vie tellement accélérée.

Pour Raphaël, le plus surprenant fût certainement de marcher sur de l’asphalte sans dénivelé, ni roches ou obstacles. Sa démarche bizarre, les jambes écartées ne pouvaient pas démentir sa surprise. C’est en le voyant si maladroit à faire une ligne droite que je me suis rendu compte qu’en fait cela fait des mois qu’il n’a que marché dans le bateau (qui bouge toujours un peu) ou sur terre où il n’existe pas de route ou d’espace nivelé. 

Mais comme les enfants se font à tout, en trois jours, sa drôle de démarche avait disparue. 

Donc finalement, que l’on vive sur un bateau ou à terre, en Polynésie ou au Groenland, en famille ou en équipage, un enfant s’adapte toujours et aime partage toujours sa joie de vivre avec ceux qui l’entoure.

Écrit par Emmanuelle Dumas, maman et seconde à bord de LifeSong

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Découvrez le Groenland à travers mon carnet de voyage

Toutes ces aquarelles ont été créées sur le moment avec la plupart du temps la vue que nous avions du pont de LifeSong.

Dès que j’ai revu la côte du Groenland et son mélange de mer, de montagnes, de glaciers et d’étendues vertes, l’inspiration m’est revenue.

Il faut croire que les paysages de palmiers et de sable de Polynésie et des Caraïbes me semblaient moins colorés que les panoramas arctiques…

Malgré les idées que l’on se fait du Grand Nord, les paysages Groenlandais sont riches en nuances et en couleurs. En été, le soleil de minuit offre une palette de couleurs douces et puissantes à la fois. On voit souvent l’horizon coloré de jaune, même en pleine journée. Faut-il encore oser le mettre sur papier…

On croit que les icebergs sont tout blancs voir avec un peu de bleu, mais ils sont en fait un mélange de gris, de turquoise, de vert, de bleu et même de transparent. Selon la lumière, ils scintillent comme des étoiles ou deviennent gris et menaçant.

C’était un beau de défi de capter cette lumière lorsque l’on passait à côté d’un de ses monstres de glaces. Quelques minutes seulement pour un croquis au crayon et pour enregistrer les informations d’ombres, de lumière et de couleurs.

 

Les couleurs du Groenland c’est aussi les villages aux maisons de bois bleu, jaune, vert, rouge et même rose. Une touche de gaieté pour les longues journées d’hiver et un plaisir pour les yeux lorsque l’on rencontre un minuscule village perché sur des rochers au détour d’un fjord.

Il me reste quelques pages blanches dans mon carnet de dessin… J’ai déjà hâte de le compléter lors de notre prochaine saison en Baie de Disko.

Vous rêvez de créer votre propre carnet de voyage sur les paysages arctiques? Consultez notre calendrier pour y voir les prochains départs!

L’odeur. Une simple odeur peut nous rappeler des milliers de souvenirs. C’est l’effet que cela m’a fait en arrivant au Groenland après 4 ans d’absence de cette terre que j’ai déjà un peu considérée comme mon chez-moi…

D’abord, il y a eu l’odeur de la mousse et de la terre dès qu’on s’est approché des côtes! J’ai tout de suite eu l’image des montagnes de la côte Est groenlandaise aux possibilités infinies. Les moments de détente, couchée dans la mousse, sous le soleil chaud des longues journées d’été. La diversité de petites mousses et lichens qui enrichissent cette terre rude. Les kilomètres à perte de vue de terrains sauvages où l’imagination d’un aventurier grimpe dans les nuages. Et cela m’a surtout rappelé cette ambiance groenlandaise que j’aime tant.

Ensuite il y a eu le débarquement à Nuuk et malgré que cette immense ville soit bien loin du calme de l’Est du Groenland, j’y ai retrouvé cette odeur de poisson et de phoque en décomposition. Une sensation qui peut paraître horrible au départ, mais c’est une odeur à laquelle on s’habitue. Une senteur qui m’a tout de suite rappelé « la maison ». Revoir les habitations de bois de toutes les couleurs, les visages souriants rougis par le soleil, les bateaux de pêche entassés dans le port et sentir cette fameuse odeur, m’a procuré un sentiment de bien-être instantané!

Quand on se rapproche d’un glacier ou même d’un iceberg, l’air change, se rafraîchit, le vent souffle légèrement pour nous apporter cette touche de fraicheur et de sel de mer.

Pour compléter cette redécouverte du Groenland, nous avons continué notre route à travers les fjords, les glaciers et les icebergs. Là, c’est l’odeur de l’air frais salé qui m’est apparue. Quand on se rapproche d’un glacier ou même d’un iceberg, l’air change, se rafraîchit, le vent souffle légèrement pour nous apporter cette touche de fraicheur et de sel de mer. Puis quelques fois, on entend les glaces qui nous parlent, qui craquent, qui tournent, qui fondent et qui grondent comme le tonnerre.

Voilà que nous sommes arrivés en baie de Disko, là où l’on trouve les plus gros icebergs de la région. Des monstres, des immeubles, des sculptures. La quantité d’icebergs par kilomètre carré est presque impossible, impensable. Aucune photo peut saisir cette immensité. Même face à face, elle reste difficile à saisir…

Ces dernières semaines au Groenland ont donc été pour moi un retour aux sources et un rappel que la nature est si belle, si fragile et si féroce à la fois.

Merci Kalaallit Nunaat de me faire vibrer depuis tant d’années. 


7 heures du matin. 7è jour de mer.

J’ouvre un œil. J’ai du temps devant moi. Je ne prends mon prochain quart de veille qu’à 8 heures. Du temps pour rêvasser un peu à la nuit claire que nous venons de vivre. Depuis deux ou trois jours, il n’y a plus réellement d’obscurité et la course du soleil est devenue très originale. Pas vraiment d’Est en Ouest.

Nous allons arriver aujourd’hui, mais la cote est encore loin. Ce sera pour la mi-journée. Je regarde par le hublot de la cabine : Oui, la brume qui nous accompagne depuis hier soir est encore bien présente. Probablement due à la rencontre de courants chauds et froids dans cette mer du Labrador bien particulière. Cette brume qui nous a proposé une nuit à la fois très douce et ouatée et en même temps un peu inquiétante quand deux icebergs ont surgi successivement à quelques centaines de mètres seulement sur l’avant du bateau, probablement venus de l’immense glacier qui achève son parcours à ce niveau de la côte Ouest du Groenland.

Oui, j’ai du temps. La terre n’apparaitra qu’au tout dernier moment à cause de cette brume.
Quelques instants plus tard, je pénètre dans le carré. Il y règne une atmosphère surexcitée. As-tu vu la côte ? La côte ? Quoi ? Quelle côte ? Ou ça ? J’ai regardé il y a quelques minutes seulement.

C’est le premier cadeau du Groenland. La brume s’est levée tout d’un coup. Incroyable. Et la côte est apparue encore lointaine mais déjà très nette et très haute. Baignée d’un soleil magnifique. La montagne tombe dans la mer, sans transition. Un paysage très minéral, rocheux. Un quasi désert.
Les glaciers et les sommets enneigés étincellent. Au loin, l’inlandsis étale son immense blancheur.
C’est magique. Quelle belle récompense ! Quel beau cadeau de bienvenue nous fait le Groenland ! Le froid des nuits précédentes est immédiatement oublié. Les appareils photo crépitent.
Mais si on commençait plutôt par le début ?

Saint Jean de Terre Neuve :

Le nom à lui seul a un parfum d’aventure. On en parle encore sur les quais de Fécamp ou de Saint Malo. Les photos exposées sur les quais et dans certains quartiers de la ville rappellent, si besoin en est, que, longtemps, des hommes ont travaillé et souffert ici, dans des conditions souvent inhumaines, pour ramener la précieuse morue. Ont parfois péri aussi.
Aujourd’hui, LifeSong a glissé son élégante silhouette noire parmi quelques navires de grande pèche qui naviguent encore ici, mais surtout parmi les cargos, les « supplies » qui accompagnent les plateformes pétrolières et les bateaux qui emmènent les aventuriers d’un jour en excursion pour voir les icebergs défiler le long de la cote et guetter le retour des baleines.
La feuille d’érable flotte fièrement à l’arrière. Quelques pickups bodybuildés s’arrêtent sur le quai pour observer ce visiteur inhabituel. Les têtes des conducteurs se lèvent vers le haut du mat et les paris s’engagent : 20 mètres ? 22 ? Non, encore un peu plus les gars.
Christophe est déjà concentré sur la traversée à venir, rassemblant toutes les informations météo
disponibles.
Il décide d’un départ pour une étape d’une journée seulement, pour laisser passer une colère venue
du cap Farewel.

Ce sera CATALINA, attachant petit port de pêche niché au fond d’une baie bien protégée. Des pécheurs serviables chaleureux et généreux nous y accueillent à bras ouverts. Nous y faisons une cure de crabe, un repas de homard pantagruélique et un plein de morue pour les jours à venir. Vive les circuits courts ! Au centre du village, en face du supermarché, un café/pâtisserie/ restaurant/foyer/ etc , permet un dernier plein d’Internet avant la traversée proprement dite.

1 heure du matin. 2è jour de mer.

Ici, pas encore très loin vers le Nord, la nuit est très noire. Les icebergs de Terre neuve sont derrière. Ceux du Groenland sont encore loin devant. Le vent de ¾ arrière oscille entre 17 et 20 nœuds. La mer est peu formée. Dans ces conditions quasi idéales, LifeSong peut faire la démonstration de toute sa puissance. Il fend la mer avec agilité.
Régulièrement, la crête d’une vague éclate devant l’étrave, faisant jaillir une gerbe d’eau que les feux de route illuminent de rouge et de vert, couleurs fugaces inattendues dans cet univers. La vitesse est régulière, soutenue. L’équipier qui est dehors veille sur le maintien de ce bel équilibre. Moment privilégié que celui d’un quart de nuit solitaire dans ces conditions. LifeSong lui offre ce beau moment de navigation, rien que pour lui. Ce sera leur secret. Moment propice à la rêverie solitaire également.

Comme toujours, Christophe a su éviter les pièges de la mer du Labrador et a finalement conduit LifeSong en douceur à NUUK. Capitale du Groenland.  Grande ville de la côte Ouest mais plus petite capitale du monde ! Un cinquième de la population vit ici (environ 15 000 personnes !) mais on y trouve le tiers des véhicules en circulation dans ce pays. Pour circuler à l’intérieur d’un cercle d’une vingtaine de kilomètres peut être ! Au-delà, il n’y a plus de routes ! Au Groenland, on se déplace en bateau, pas en voiture.
C’est surtout une ville qui vit autour de son port, pour la pèche et le commerce. LifeSong s’y amarre le long de bateaux marqués par les dures conditions qu’ils rencontrent ici, surtout en hiver. La ville passe l’hiver sous la neige et s’anime l’été. Les chantiers de construction et de rénovation s’activent durant cette période. Inuits et Danois y cohabitent sereinement.
LifeSong repartira ensuite pour cinq jours de beaux vagabondages dans les fjords qui débouchent devant NUUK, par lesquels s’échappe un flot ininterrompu d’icebergs venus d’un autre glacier.
Encore l’impression de naviguer en montagne, dans des paysages souvent durs quand ils sont exposés au Nord et très verts quand ils sont au Sud, toujours très vallonnés. Plusieurs petits mouillages à proximité de villages. Un côté un peu Ecosse ou Norvège. Baleines souvent au rendez-vous. Et grand soleil constant, sans nuit.

LifeSong est revenu à NUUK pour préparer sa dernière étape vers ILULLISAT, ou il prendra ses
quartiers d’été en baie de DISKO.

Alors, préfères-tu les eaux froides du Groenland ou les eaux chaudes des Caraïbes d’où tu viens ? J’ai
l’impression que tu aimes bien les deux.

Écrit par Yves Cassin, équipier extraordinaire

Depuis notre départ d’Halifax, nous avons navigué d’une surprise à l’autre! Contrairement à la Patagonie, à l’Antarctique et à la Polynésie, nous avons rencontré peu de marins ayant navigué la région. Nous avons donc vogué ces dernières semaines dans l’inconnu et la découverte avec une excitation d’enfant.

Tout le monde la sait, le Canada c’est très sauvage! Et bien, on confirme. Évidemment, étant un petit peu hors saison, cela aide à ne croiser personne ou presque…

La navigation en Nouvelle-Écosse est très intéressante; il y a de nombreux canaux, îles, villages minuscules et personnages curieux qui agrémentent la route. Nous avons essayé de comprendre des acadiens de Nouvelle-Écosse, parlé avec un homme qui hiverne seul sur une île fantôme, fait des feux sur des plages désertes et zigzagué entre les casiers de pêche au homard! On peut facilement passer des semaines à explorer les mouillages sauvages de l’île principale et de celle de Cap Breton!

Ensuite, il y a eu la traversée du Golfe du St-Laurent vers Gaspé et j’avoue que tout le monde a été un peu surpris à l’approche de Percé en voyant la quantité de neige qui restait encore dans les montagnes… On a même rêvé quelques instants que le centre de ski serait encore ouvert…

Une arrivée majestueuse avec ce contraste de neige et de roche, la vue du rocher percé, le doux soleil de printemps, une apparition de dauphins, les phoques qui se prélassent sur les bouts de glace restants et le clou du spectacle: un béluga qui joue avec le bateau pendant plus d’une heure!

On s’ancre dans la Baie de Gaspé où quelques glaces flottent encore. L’idée d’arriver à Gaspé, 11 ans après l’avoir quitté suite à mes études en Tourisme d’Aventure me rend surexcitée! Quel bonheur de revenir dans un endroit qui nous a tant touchés! 

J’avais évidemment « vendu » l’endroit à tous les équipiers leur certifiant que GASPÉ était L’Endroit de choix pour une escale! Nous n’avons pas été déçus… L’accueil reçu par la marina et toute la population côtoyée pendant notre séjour était exemplaire.

Nous avons quand même eu de petites frayeurs à cause des glaces qui ont soudainement attaqué le bateau à la fin du deuxième jour… On a donc dû bouger d’urgence dans la marina encore gelée… Une belle petite aventure en prévision du Groenland.

Nous avons quitté Gaspé à contre-coeur une semaine plus tard pour rejoindre Terre-Neuve. Après plusieurs heures de navigation, nous l’avons vu apparaître et cela m’a donné l’effet d’une arrivée Antarctique: un grand plateau blanc qui grossit doucement. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre de Terre-Neuve et j’ai été agréablement surprise d’y voir des montagnes dénudées et encore enneigés, des fjords profonds et sauvages et de microscopiques villages perdus. Les options de mouillages et de randonnées y sont nombreuses. Nous avions l’impression de nous retrouver en Patagonie!

Puis pourquoi ne pas faire un petit saut en territoire français?! Saint-Pierre et Miquelon sont des îles peu connues, souvent oubliées, mais aussi mythiques pour ceux qui en ont déjà entendu parler. Nous sommes également tombés sous le charme! 

À l’approche des îles, on découvre les grandes étendues désertes, les phares fiers dans la houle, l’île aux marins et ses maisons colorées et le village de St-Pierre étonnamment imposant par rapport au reste de l’île. On est accueilli comme des rois dans ce petit bout de France. Le premier voilier de l’année!

Nous avons donc été bien surpris de voir un autre voilier arriver le lendemain! D’autres «fous» de la voile: deux jeunes frères belges (18 et 21 ans) qui ont «modifié» leur trans-atlantique retour pour faire un petit crochet vers le Nord. C’est donc après 18 jours de mer depuis la Guadeloupe qu’ils sont arrivés sous le brouillard de St-Pierre sans chauffage et habillé de toutes leurs couches de vêtements! Belle rencontre.

L’escale fut courte à St-Pierre, mais juste assez longue pour tomber sous le charme des St-Pierrais et de ses îlots perdues aux charmes multiples.

On repart en se faisant demander de multiples fois quand allons-nous revenir… Notre navigation de nuit vers le Sud de Terre-Neuve fut tout aussi surprenante; nous y avons croisé nos premiers icebergs! Grâce aux cartes de glace, nous savions qu’ils étaient présents, mais c’est toujours irréel la première fois qu’on voit un de ces monstres blancs à quelques centaines de mètres du bateau dans la nuit noire… De St-Pierre à St-John’s nous avons dû en croiser une cinquantaine. Ils avaient tous l’air de dériver paisiblement comme si leur présence était des plus naturelles!

Notre navigation s’est clôturée dans le dense brouillard caractéristique de la région pour entrer dans l’étroit passage bordé de falaises de roches; seul accès au port coloré de St-John’s.

Heureux d’être à quai, on commence le rush des derniers préparatifs avant la grande traversée vers le Groenland!

À suivre…

C’est au dernier jour de mars que l’on a vu apparaitre New York à travers le brouillard. 

Après 4 jours de mer depuis les Bermudes et plusieurs semaines de navigation aux Caraïbes, la vue de « Big Apple » semblait irréelle. Les immeubles gigantesques ressemblait à des jouets,  comme si l’on avait empilés des legos sans limite et qu’une immense collection de voitures s’y promenaient toujours en rond.

Sous la pluie froide et le vent, nous avons tranquillement approché la ville et croisé la fameuse statue de la liberté toujours aussi fière à travers les nuages. Navigation épique!

On était le seul voilier de tout New York… Des extraterrestres arrivés de nul part. On a mouillé dans la Hudson River à la hauteur de Central Park. Au coeur de l’action et pourtant nous étions les seuls courageux sur l’eau. 

Le soleil est finalement arrivé en poisson d’avril comme pour nous narguer de notre dure navigation de la veille. La ville fourmillait de gens qui voulaient profiter des premiers rayons du printemps. 

Après plusieurs mois dans des régions où aucun édifice de plus de trois étages n’existe, nous étions sous le choc au coeur de Times Square et de Manhattan. L’impression d’être dans un monde de fourmis où chacun sait le chemin à suivre.

Après cette surprenant redécouverte de New York, LifeSong a continué sa route vers le Nord: Boston, Portsmouth, puis Halifax.

Le départ de New York était tout aussi épique que l’arrivée avec le passage sous 19 ponts immenses. À chacun, on doute quand même: «Est-ce que le mât passe vraiment ?!» 

Dans notre guide nautique de la côte Est américaine, il indique que la plupart des mouillages sont presque inaccessibles vu la quantité de bateaux qui veulent y mouiller… 

Des 16 jours que nous avons pris pour joindre New-York à Halifax, nous n’avons croisé qu’un seul autre «fou» en voilier! Les mouillages étaient donc toujours déserts et quelques villages donnaient même l’impression d’être abandonnés comme aucune des immenses villas de vacance étaient habitées.

La côte américaine était donc magnifique pour naviguer parsemée de maisons immensément grandes, de phares isolés, de plages désertes et de villages charmants.

 

La traversée de Portsmouth à Yartmouth, Canada (200 miles) fût longue dans le brouillard dense et la fine pluie gelée, mais les conditions nous ont obligées à prendre cette fenêtre. L’arrivée à Yarmouth était presque plus surprenante que celle de New York. 

Les nombreuses maisons sur la côte américaine étaient toutes magnifiques, immenses et bien entretenues. Quant à notre arrivée en Nouvelle-Écosse, le bord de l’eau était parsemé de cabanes soufflées par le vent, de maisons mobiles et même de roulottes! Quelle différence à seulement quelques miles d’écart! 

Le reste de la Nouvelle-Écosse est merveilleusement sauvages et respire la nature! Quel bonheur!

LifeSong continue maintenant sa route vers le Groenland, les surprises seront encore certainement nombreuses! 

À suivre…