LifeSong Sailing

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Avant propos/Avertissement:

Attention, l’histoire qui suit est bizarre! Elle a été écrite lors de notre dernière croisière au Groenland (été 2021) par notre équipier et ami Laurent Catala.

Il faut savoir que Laurent est un personnage original et tout à fait unique en son genre. Son histoire reflète bien son esprit « sans limite ».

Le récit que vous vous apprêtez à lire, n’a rien de réaliste et l’on s’excuse d’avance si des groenlandais pourraient être offensés par ces mots. Le Kiviak existe cependant réellement et c’est probablement lorsque Laurent en a appris l’existence que l’histoire à commencé à germer dans sa tête.

Le kiviak est un plat d’hiver traditionnel du Groenland fait d’oiseaux, généralement des mergules, fermentés plusieurs mois dans le corps vidé d’un phoque.

Wikipedia

Laurent s’est inspiré des membres de la croisière pour forger ses personnages (désolé Hélène, Michelle, Annick et Gilles…)

Le reste n’est que fiction.

Bonne lecture!


LA CROISIÈRE DU KIVIAK

ou le banquet groenlandais

Par Laurent Catala

Chapitre 1 : L’équipage 

« Oh, ça me rappelle il y a dix ans quand j’étais sur l’île de Madagascar. J’avais accompagné des pêcheurs du coin qui chassaient des espèces locales de thon rouge et j’avais pu observer des variétés de méduses proprement sidérantes. Je vais consigner celles-ci dans mon rapport de voyage tant leur aspect me semble ex-cep-tionnel ! »

Penchée par-dessus le flanc du Lifesong Prince du Danemark, voilier voguant sur les flots grisonnants de la mer du Groenland, la biologiste Hélène du Lez se prêtait comme toujours avec un plaisir non dissimulé à ses propres observations, même si celles-ci, quoique remarquables, s’avéraient toujours fort éloignées des préoccupations du bord. 

Il faut dire qu’après des semaines de route, l’expédition entamée par le Lifesong Prince du Danemark approchait enfin de son but : trouver les terres boréales lointaines des peuplades inuit les plus isolées du Groenland où se cuisinait encore le plus mystérieux des kiviaq, cette fort subtile recette de volatiles entiers cousus avec plumes et entrailles dans une peau de phoque, avant d’être laissés à macérer plusieurs mois dans leur jus sous un tas de pierres, à l’abri du froid et des prédateurs. 

S’agissait-il là de la plus succulente facette de la gastronomie du grand Nord ? Le doute était permis. Mais un indigène ramené quelques années plus tôt des contrées les plus septentrionales à la cour du Danemark, et dont le Roi avait fait son favori, en avait tellement convaincu le souverain, vantant notamment les vertus de longue vie que la consommation d’un tel met procurait à son sustenteur, que le kiviaq était devenu comme un fantasme dans l’esprit du suzerain. Au décès de son protégé, le Roi du Danemark ne s’en laissa donc plus conter. Il lui fallait cette recette et aussitôt, il se mit en tête de missionner l’expédition la plus à même de la lui procurer. 

Cette mission, vous l’avez compris, c’est donc bien celle du fringant voilier Lifesong Prince du Danemark et de son non moins fringant Capitaine, le Marquis Christophe de Votat. Plus désireux d’ouvrir de nouvelles routes maritimes et de se couvrir d’honneurs, que d’agrémenter le faste des banquets du Roi d’une nouvelle ligne au menu, le Marquis accepta sans ciller cette digne opération. Accompagné du jeune quartier-maître Antoine de la Mèche Blonde, il guidait la bonne marche nautique de cette royale destinée. 

Pour trouver la bonne route, c’est une aventurière québécoise, spécialiste de ces terres gelées et hostiles, que le Roi du Danemark avait choisie. Emma Coutu du Lac Saint-Jean avait arpenté le Groenland de long en large, le traversant en chien de traîneau, en kayak et en ski au cours de nombreux raids plus dangereux les uns que les autres. Bien que cette expédition les dépassait de loin, en visant à trouver les populations les plus sauvages et isolées, sa connaissance des lieux, de la langue, des us et des coutumes, s’avérait essentielle. C’est d’ailleurs à elle, et à elle seule, qu’un vieux chaman inuit extirpé quelques jours plus tôt de sa vieille cabane en tourbe, avait accepté d’indiquer la direction du village ignoré de toutes les cartes, où le fameux kiviaq tant recherché figurait encore à l’étal des traditions. Certes, le vieux bougre avait oublié lui-même si ce plat était plus un mythe qu’une réalité, mais la perspective d’atteindre enfin, après tant de jours de navigation, ce point mal situé du globe aux portes du Pôle, avait stimulé toutes les ardeurs. 

Pour mener à bien cette mission donc, le Roi avait bien fait les choses et l’équipage se complétait de la plus belle façon. Outre la déjà entraperçue Hélène du Lez, biologiste réputée, enrôlée pour asseoir la portée scientifique de l’aventure –  et accessoirement pour valider la qualité des ingrédients du fameux kiviaq – on trouvait aussi à bord : Michèle Cale Sèche du Crotoy, œnologue et sommelière officielle de la cour, spécialement chargée par le Roi de trouver quels vins et breuvages seraient le mieux susceptibles d’accompagner le fameux kiviaq ; L’archiprêtre Laurent du Roussillon, à la fois cureton obséquieux et courtisan arriviste, tout autant désireux de bénir de ses vaines paroles liturgiques le sacro-saint repas que d’évangéliser au passage les populations en détenant le secret ; Gilles de Vendée Bon Marché, médecin du bord, présent pour veiller aux bonnes vertus digestives du dit kiviaq ; ou encore et surtout la très fameuse Annick des Sables Colonnes, comédienne lyrique et ancienne maîtresse du Roi, devenue par la même l’incontournable récipiendaire du protocole de la cour qu’elle entendait ainsi continuer de superviser jusque dans la validation de cette nouvelle recette avant-gardiste.

Toute entière tournée vers sa mission, cette fière équipée de cœurs vaillants donc, autant dévouée à la réussite de sa singulière quête qu’aux inestimables retombées personnelles que cette découverte culinaire ne manquerait pas d’apporter à leurs propres privilèges et réputation, ne put donc s’empêcher de frémir d’impatience et de plaisir lorsque le petit village perdu apparut enfin à l’horizon. Niché au détour d’un fjord enneigé, il attirait leur regard comme un aimant qui aurait affolé la boussole de leur tentation. Et quand les premières embarcations en peaux de bêtes commencèrent à entourer le Lifesong Prince du Danemark, chacun savait que l’expédition était arrivée à son but. Restait maintenant à découvrir ses habitants et les attributs de ce fameux kiviaq qui les avaient conduits à parcourir une si longue route aux confins du monde connu.

Lifesong qui arrive dans un village groenlandais

Chapitre 2 : L’arrivée au village 

« Comme ils ont l’air charmant », s’exclama Hélène à qui voulait bien l’entendre. « Ils me rappellent une tribu que J’ai bien connue sur les rivages de la Côte d’Ivoire. » 

« Ils n’ont pas l’air d’avoir soif », poursuivit Michèle. « Sans doute, une qualité permise par leur fantastique acclimatation à la rudesse de ces climats », acquiesça le docte docteur Gilles.

« Ils ont des trous à leurs chaussettes », se contenta de dire la belle Annick, pour qui cela semblait déjà contrevenir à la bienséance du protocole. « Si Paris valait bien une messe, c’est toute une procession qu’il faudrait convoquer pour convertir de tels gueux », s’empressa d’ajouter, narquois, l’Archiprêtre pour qui le meilleur mot était toujours le dernier pour peu que ce soit lui qui l’eût prononcé. 

Tandis que le jeune quartier-maître Antoine abandonnait déjà son regard vers les plus jeunes et jolies filles de la tribu, qui lui faisaient signe depuis les maisons, et que le capitaine de Votat cherchait lui de son côté les plus belles formules pour agrémenter les prérogatives diplomatiques d’usage de sa mission, seule l’expérimentée Emma demeurait un peu à l’écart de la contemplation générale satisfaite

« Ils ont l’air bizaâârre », glissa-t-elle avec son charmant accent gaspésien sans que personne n’y prêta attention.

Car déjà, les premiers Inuits se portaient à hauteur du pont. Le mouillage effectué, la délégation au grand complet mit la chaloupe à la mer pour pouvoir enfin débarquer. Quelques encablures plus loin, elle faisait ses premiers pas à terre au milieu d’une population à l’accueil bon enfant et des plus enjoués.

Entouré par cette masse débonnaire, qui tâtait autant des doigts que du regard ces voyageurs étrangers, l’équipage du Lifesong Prince du Danemark se fit alors conduire jusque devant la plus grande hutte du village. En sorti dans son plus bel apparat un bien étrange personnage. Surmonté d’une coiffe qui s’avérait être une tête de morse avec ses deux dents proéminentes, vêtu d’oripeaux d’ours lui donnant une touche altière à faire pâlir le Marquis de Votat, le chef du village les accueillait avec une bienveillante bonhommie tandis que ses sujets redoublaient de sourires ricanants et proféraient hourrah et youppie (en langue du crû, bien entendu). 

« E-mma ? Ma chère enfant. Veuillez informer ce grand escogriffe du caractère royal de notre mission je vous prie », demanda le Capitaine-Marquis, visiblement soucieux de paraître à la hauteur du prestige du cérémoniel vestimentaire en ajustant ses manches et son chapeau avec toute la prestance exigée par sa fonction. 

« Grand chef, nous sommes icitte missionnés par son altesse le Roi du Danemark pour lui faire découvrir la recette du kiviaq dont votre villaââge semble avoir conservé le secret », s’essaya à traduire avec bien plus de diplomatie la polyglotte Emma, dans le dialecte inuit qui lui semblait le plus approprié. 

Le vieux chef sembla la comprendre et en parût fort content. Il opina de la tête tout en adressant de grands gestes à ses administrés. Il désigna ensuite une grande construction centrale où déjà s’activait toute une fourmilière de ses villageois. « Ils ont l’air de vouloir rapidement nous inviter à table », se félicita Hélène du Lez. « C’est tout à fait dans l’esprit d’accueil de ces peuplades primitives et cela me rappelle d’ailleurs un de mes voyages sur l’Orénoque où le chef du village avait tout de suite saisi que j’avais grand-faim sans pour autant connaître aucun des mots que je lui disais », glapit-elle au capitaine. Mais celui-ci, pas plus que les fois précédentes, ne l’écoutait vraiment. « Comte de Votat… Non, duc de Votat, voilà qui me conviendrait fort bien… », se disait-il à lui-même en imaginant déjà son retour triomphant à la cour du Roi. 

chef du village inuit avec morse sur la tête

Chapitre 3 : Le repas

Devancée par leurs hôtes aussi pressés que pressants, la délégation se fit conduire dans le bâtiment. La pièce était sombre, mais haute. En son centre, un foyer illuminait les lieux, où déjà brillaient mille lueurs qui semblaient être les yeux des villageois attroupés autour des visiteurs. Ceux-ci furent invités à se rapprocher tandis que plusieurs indigènes faisaient irruption avec ce qui paraissaient être de grands sacs. Ils les disposèrent au milieu de la salle sous les vivas de leurs congénères de plus en plus excités. Visiblement, les préparatifs avançaient. 

« Ça empeste », releva Annick au moment où les autochtones déchiraient les peaux des sacs. À cet instant précis, un flux difforme de chairs et de plumes se répandit au sol, provoquant l’extase des habitants des lieux. « Ooooh !  Et l’on n’a même pas un petit Chardonnay pour accompagner tout ça », regretta Michèle. « Un véritable nid à bactérie », professa le docteur Gilles en compulsant son petit bréviaire médical illustré pour s’assurer de la véracité de ses propos. 

Tels des gloutons friands, les Inuits commençaient à dévorer les proies putréfiées s’échappant des besaces gluantes, non sans en offrir quelques morceaux de choix à leurs invités de marque. La libation commençait. Des petites écuelles de portion bien choisies leur furent ainsi présentées tandis que l’atmosphère changeait brusquement. De festive et sympathique, l’ambiance devenait subitement plus orgiaque. Les villageois s’empiffraient comme des morses affamés et leurs bruits déglutis s’apparentaient désormais à quelque bacchanale sauvage déferlant sur la banquise comme le souffle du blizzard. 

« Mais, c’est ignoble », susurra Annick qui n’avait pourtant fait que sucer son doigt glissé dans la chair gélatineuse ». « Proprement infect », acquiesça le docteur en hoquetant. « Ooooh !  Ce n’est pas si mauvais » tempéra Michèle qui avait déjà vidé sa gamelle. « Avec un chablis, ça serait même gouleyant », asséna-t-elle même à ses compagnons médusés. 

Observant l’évolution de la situation, l’Archiprêtre Laurent, qui était resté en retrait jusque-là, tira la tunique du Capitaine. « Ça tourne mal, Marquis. Regardez ces sauvages. Ils sont ivres de cette nourriture, comme des loups à la pleine lune, et leurs yeux scintillent à présent comme les flammes de l’Enfer. » Effectivement, les Inuits entraient désormais dans une sorte de transe digestive effrayante. Ils bavaient de plaisir en roulant des yeux de flétans. Leurs cris ressemblaient de plus en plus aux hululements de goules. « Il serait sans doute plus prudent de regagner le bateau », poursuivit l’homme de Dieu tout en entraînant discrètement à sa suite le désormais bien moins sémillant capitaine. 

Voyant l’homme de robe et le marin s’éclipser discrètement, Emma tira à son tour le paletot du quartier-maître Antoine, qui saisit à son tour doucement le col d’Annick pour se rapprocher de la sortie de la hutte. Tout deux avaient soigneusement pu éviter tout contact avec la nourriture. Mais pour Hélène, Michèle et le Docteur Gilles, la situation semblait plus compromise. Plus en avant du festin, les Inuits les entouraient, paraissant déjà les dévorer des yeux. « Cela me rappelle la fois où une bande de kanaks voulut me faire manger une tortue à peine bouillie au large du Vanuatu », tenta d’expliquer la biologiste à son voisin, un solide pêcheur au regard vitreux et au rictus dégoulinant de bave. Elle ne finit pas sa phrase que ce dernier lui croqua la moitié de la main avec le bruit d’un piège se refermant sur la patte d’un ours. Le hurlement de douleur d’Hélène du Lez scella son festin, enfin plutôt son destin, et une dizaine d’Inuits se jetèrent sur elle comme une meute de hyènes se précipitant sur un phacochère.

 « Mais !?  Voulez-vous bien laisser Madame du Lez », protesta le docteur. Ses lunettes ayant glissé de ses yeux du fait de la bousculade, le praticien ne percevait qu’indistinctement le dramatique de la situation. Il se tourna alors vers Michèle pour obtenir son soutien face à un tel manque de courtoisie. Il ne vit donc pas très bien que le regard de la sommelière avait lui aussi changé. Enivrés par la chair putride, ses yeux avait pris le même aspect abject et exorbité que ceux des indigènes. Ses traits déformés exprimaient désormais une haine sans nom et sa bouche s’ouvrit sur une rangée de dents qui, tels des crocs, paraissaient avoir triplé de volume. D’un bruit sec, elle referma son bec sur la gorge du malheureux docteur. Celui-ci ne sut lui répondre que par un gargouillis vocal de sang mêlé d’incompréhension. 

Chapitre 4 : la fuite

Les habitants et Michèle occupés à dévorer Hélène et le docteur, Emma, le quartier-maître Antoine et Annick à demi-inconsciente purent s’extirper de la cahute. Mais, en regagnant le grand jour, ils virent que le Capitaine et l’Archiprêtre ne les avaient point attendus. Ils ramaient prestement comme des damnés sur la chaloupe à mi-chemin du Lifesong Prince du Danemark, sans jeter le moindre regard en arrière. 

Ils n’eurent pas le temps de leur adresser le moindre juron, car derrière eux déjà les premiers villageois zombifiés étaient sur leur pas, ainsi que Michèle devenue bien malgré elle la première louve-garou picarde maritime de l’histoire depuis la création. « Par icitte ! », cria Emma en désignant un attelage de chien de traîneau à l’orée du village. Derrière eux, les sauvages hurlaient et couraient de plus belle, comme autant de ventres affamés. 

Guidés par leur chef, dont les dents de morse du couvre-tête paraissaient elles-mêmes avoir participé à la mastication générale, un grand nombre des Inuits se dirigèrent vers l’eau. Ils avaient eux aussi aperçu au loin la chaloupe regagnant le voilier, et comme déguster le capitaine des visiteurs leur paraissait l’option culinaire la plus raffinée, il leur sembla prioritaire d’aller s’emparer de cette portion de choix en premier. Les premiers kayaks furent mis à la mer dans une bordée de vociférations inhumaines tandis que les pagaies brassaient l’eau à la vitesse du rorqual. Le Lifesong Prince du Danemark n’était plus qu’un garde-manger flottant à portée de leurs griffes. 

Pendant ce temps, à peine poursuivis par une dizaine d’entre les sauvages, parmi lesquels Michèle tenait la corde, Emma, Antoine et Annick avait atteint le traîneau à chien. Les animaux étant déjà harnachés, Antoine disposa Annick, tout à fait évanouie maintenant, sur la banquette et s’empara des rênes. Emma se chargea de défaire la traîne qui entravait l’engin. Elle parvint à la détacher et esquiva l’assaut d’un premier Inuit en l’assommant à l’aide d’une dent de narval. « Démarre !  Enweye ! «, cria-t-elle à Antoine tout en cherchant à s’accrocher au traîneau. Mais, surgissant tel un diable sorti de sa boîte, Michèle la plaqua au sol. En s’éloignant, Antoine ne put que voir les canines hypertrophiées de Michèle s’enfonçant dans la cuisse d’Emma tandis que la neige rougeoyait sous leurs corps. Pour elle aussi, il était trop tard. 

À bord du Lifesong Prince du Danemark, la situation n’était pas moins désespérée. Sitôt arrivés à bord, le Capitaine-Marquis et l’Archiprêtre avaient bien tenté d’appareiller, mais propulsés par une force maléfique, les sauvages s’étaient abattus sur eux comme une nuée de sauterelles. À peine les premiers Inuits montés à bord, le Sacristain s’était mis à escalader la grand-voile comme s’il voulait directement rejoindre le ciel. Il n’atteignit même pas la plus haute vergue que les premiers assaillants lui grignotaient déjà les mollets.

Dans les entrailles du bateau, l’officier de marine cherchait lui aussi quelque refuge miraculeux au milieu de ses cartes et souvenirs de voyage. Un placard lui parût assez spacieux pour pouvoir s’y cacher. Las, le pan de sa redingote vint se coincer dans l’ouverture indiquant aussi sûrement sa présence au chasseur que la queue du lièvre dépassant du terrier. Son cri de désespoir au moment où sa cache fut ouverte se conjugua aux gloussements ravis de ses bourreaux transis. 

traineau à chiens sur la calotte glaciaire

Épilogue : Sauvés ? 

Du haut de la colline qu’il avait pu gagner avec son attelage. Antoine contemplait avec effroi le pillage morbide du Lifesong Prince du Danemark. Malgré tout ce désastre, il se sentit enfin lui-même un peu à l’abri. Ses poursuivants avaient été distancés et, sous ses yeux à l’horizon, l’immensité du plateau glaciaire ressemblait à un sésame pour l’espoir. En tournant la tête, il observa Annick qui paraissait dormir, bien que la pâleur de son visage ait déjà quelque chose d’inquiétant. 

« Allez ! », se dit-il comme pour se donner plus de courage en encourageant ses chiens à poursuivre leur course. « En allant tout droit vers le sud, nous parviendrons bien à rejoindre quelque poste isolé de la civilisation ». Inconsciemment, Antoine se relâchait un peu. Il se voyait déjà racontant son incroyable histoire dans une taverne animée du port d’Hambourg, de Londres ou de Copenhague. Il souriait presque, savourant la bonne étoile qui l’avait tiré de ce pétrin insensé. La vie s’offrait de nouveau à lui.

Perdu dans ses pensées, il ne vit pas que, subrepticement, Annick avait doucement ouvert son œil, portant sur lui un regard lugubre et immobile. Lentement, sa bouche s’était ouverte, dévoilant la longue blancheur mortuaire d’une dent gourmande aux aguets. Tandis que les derniers échos s’élevaient du village au loin et de son banquet funeste, le traîneau n’était bientôt plus qu’un point noir sur la piste immaculée.

Un point noir qui bientôt disparut comme dévoré par les derniers rayons du soleil arctique. 

Un été entre parenthèses

Depuis 2011, que je voyage régulièrement au Groenland. Que ce soit en ski, en raquette, en randonnée, en kayak ou à la voile, ce pays me fascine à chaque fois. C’est un territoire fabuleux qui a tant de possibilités à offrir à ceux qui aiment l’aventure.

L’année 2021 était plutôt mal partie pour nous permettre d’enfin y retourner, mais grâce à notre patience, notre persévérance (nos têtes dures) et avec un peu de chance, le Groenland nous a ouvert ses portes cet été! Je vous avoue qu’on y croyait à peine et que l’arrivée de chaque groupe nous semblait un miracle. 

En sortant de l’aéroport (car je suis allée rejoindre LifeSong en avion), je n’ai pas pu retenir un « YAHOUUUU! » à en faire vibrer les icebergs. 

Enfin, j’avais l’impression de respirer à nouveau. Après un an et demi d’incertitudes, de questionnement et de stress, on y était. La beauté du Grand Nord était là devant nos yeux comme si rien n’avait changé. 

La Baie de Disko était pleine de glaces, mais vide de monde. Les touristes étaient rares cette année; aucun bateau de croisière et à peine une poignée de voiliers sur tout le territoire. Les quelques-uns qui ont eu la force de s’y rendre ont pu apprécier le calme spectaculaire des grands espaces avec l’impression d’être seul au monde!

Sans Covid?

Notre saison 2021 fut bien courte par rapport à celle planifiée, mais comme ce fut bon de retrouver notre vie, nos mouillages sauvages, les glaciers qui craquent, les villages silencieux et… une vie sans COVID! 

Le Groenland est probablement un des pays les moins touché par la pandémie. Zéro décès et moins de 500 cas depuis le début de la crise (et seulement 11 cas dans la première année). La vie là-bas est sereine et avec peu de connexion tout au long de l’été, on en a presque complètement oublié l’état du reste du monde. 

La vie de chasseurs-cueilleurs

On ne voyage pas au Groenland pour manger des salades fraîches et découvrir de grands restaurants. Malgré que sur la côte ouest on trouve maintenant de tous dans les supermarchés…

On vient au Groenland pour revenir aux sources. Pêcher et cueillir sa propre nourriture. Sur presque tous les voyages nous avons attrapé des morues, flétans, loups et ombles arctiques en plus de ramasser moules et oursins! Ça ne peut pas être plus frais dans l’assiette! 

À terre, on a aussi cueillies des champignons (bolets et rosés des près), des baies (airelles et camarines), de l’angélique (ça ressemble à du céleri) et du thé des bois. Quelquefois la cuisinière ne savait plus quoi faire face à l’enthousiasme des cueilleurs!!!

Donc, presque tous les jours, on consommait les produits de notre récolte: fish & chips, acras de morues, gravlax, muffins aux airelles, soupe de poissons, moules marinières, etc.

Et comme on n’est pas réellement des chasseurs, on complétait le « menu groenlandais » par des produits locaux: boeufs musqués, caribous, agneaux, crevettes, pétoncles, phoques, baleines et même narvals.

Certaines personnes étaient réticentes à goûter la viande de mammifères marins. C’est vrai que c’est assez loin des standards de goût occidental. Pour vous donner une idée, le matak (gras de baleine fumé) c’est un peu comme mâcher un pneu de vélo (peau) avec du saindoux qui fond dans la bouche (graisse). Une expérience culinaire tout à fait unique en son genre… 

La viande de phoque, quant à elle, est très rouge, presque noire. On a l’impression de manger du steak, mais cela a un goût de poisson. 

Au revoir Groenland!

Voilà, toute bonne chose a une fin… nous voilà reconnectés. Avec pleins de souvenirs et de nouveaux projets en tête!

LifeSong sortira bientôt de l’eau (en Bretagne!) pour son petit chantier annuel et nous on rêve déjà à la Norvège et au Spitzberg 2022!

Écrit par Christophe, le Capitaine de LifeSong à la fin de la traversée vers le Groenland

En ce début de mois de juin, notre agenda s’est soudainement bousculé par l’ouverture du Groenland au tourisme. 
Nous avions échafaudé de nombreux plans et avions essayé d’anticiper la vaccination pour ne pas nous retrouver bloqués par un passeport vaccinal qui risquait d’être imposé pour tout déplacement à l’étranger. 
C’est pourquoi notre date de départ demeurait fixée à notre deuxième dose le 5 juin.

Mais rien n’était joué car, pour se rendre au Groenland, les routes à emprunter peuvent être tumultueuses; variées par des options plus ou moins risquées. Une route Nord, par l’Irlande, les Feroés puis l’Islande pour redescendre le long de la cote Est du Groenland, sans pouvoir s’y arrêter à cause du pack transporté par les courants polaires. Soit par le Sud vers les Açores et les États-Unis… Soit directe car le timing ne nous permettrait plus d’envisager les autres options.

Le compte à rebours était lancé et de grosses dépressions traversaient l’Atlantique générant des vents de 100km/h proche des côtes irlandaises. 

Imaginez vous être accroché sur le dos d’une tortue et devoir prendre un itinéraire pour traverser une autoroute lors d’un retour de vacances!!

L’équipage s’est composé en dernière minute et, avec du recul, il aurait pu être difficilement mieux choisi.
Nous sommes 4 à bord, chacun notre cabine et notre douche. Quel luxe.

Après une semaine d’attente à la pointe Ouest d’Irlande sans débarquer, à apprendre à nous connaître, nous nous lançons pour cette transatlantique un peu spéciale .

Un début un peu rude, une bonne mise en situation de ce qui nous attend pour la suite, car la route est longue et l’arrivée semée d’embuche (icebergs).

Et là, la vie prend une autre mélodie.

Des quarts de nuits toutes les trois heures, alternés au fil des journées. 
Un autre confinement? C’est à peu près ça, avec autour de soit l’immensité de l’océan, des journées rythmées par les éléments et les menus improvisés en fonction de la météo .
La nuit, parfois même la journée, on pense à ceux que l‘on a laissé sur le quai qui nous regardaient nous éloigner vers l’inconnu, à ceux que l’on à hate de retrouver, s’inventant ce moment si délicat qui réconforte. 
À ceux qui nous sont chers que l’on a pas vu depuis trop longtemps, à qui on aimerait dire que l’on pense souvent à eux, et pourtant, que l’on n’en prend jamais le moment .

Aux repas, on se retrouve tous les quatre dans le carré, pour discuter, et souvent rire aux larmes.

On s’invente des histoires sur une course improbable, BANTRY (Irlande) — QAQUOORTOQ (Groenland).
Où les plus fous accepteraient un règlement insensé: mise à la cape obligatoire pendant 24h, 100 Milles nautiques minimum d’ancre flottante à tracter, etc.
Quant-aux bateaux, ils devraient répondre à certains critères étranges comme un air bag anti-Iceberg, un gréement minuscule, une vache à eau noire accrochée dans le mat, une machine à laver le linge traînant dans le sillage et un lave-vaisselle sur moteur atomisant les assiettes à plus de 1000 trs/ min. (note: délire total de la part de l’équipage)

Huit jours et le cap Farvel grossit sur notre carte, les premiers icebergs ont pointés le bout de leurs nez sur notre radar. C’est notre Furuno qui aura sa double ration de Rhum!!
Encore un petit bout de route mais le plus dur est derrière nous.

Dans une semaine, les retrouvailles seront belles et bien réelles de mes amours qui occupèrent toutes mes nuits 
À mon Amour, mon Raphou et ma petite Jade

Cela fait neuf mois que nous sommes terriens.

Neuf mois que, malgré nous, le bateau a été enchaîné au quai de Bénodet.

Cette parenthèse dûe au Covid nous a permis de « tester » la vie sédentaire, de goûter aux petits bonheurs simples d’un quotidien routinier. 

C’était pas mal. Faut dire qu’on a eu beaucoup de chance… On avait le vrai confort d’une grande maison et en plus en bord de mer. (Merci Bernard!)

Cela nous a donné le luxe de « démonter » le bateau sans contraintes d’y vivre en même temps.

Alors, on en a profité pour faire plusieurs améliorations à LifeSong: un nouveau guideau, de nouveaux matelas, refit de la bôme, lit supplémentaire pour Jade, entretien complet du groupe électrogène et du moteur, nouveaux coussins dans le carré, double vitrage en plexiglas de tous les hublots (30!), restructuration du coffre à gaz et de nombreux projets de soudure et de couture!

Tout ce temps investi dans le bateau a été possible grâce à Magali. Une assistante maternelle en or qui nous a permis d’avoir un peu de temps!

Depuis la naissance de Raphaël (2017) et Jade (2019) nous les avions 24h/24h avec nous. Pouvoir laisser ses enfants, l’esprit tranquille est un luxe que beaucoup de gens prennent pour acquis. N’oubliez pas de remercier ces gens formidables qui prennent soin de vos enfants. C’est un métier extraordinaire de passion et de patience!

Pour nous, c’est malheureusement la fin de cette belle aventure avec Magali, nos petits redeviennent nos compagnons de vie 24 sur 24.

Plusieurs nous disent qu’il leur serait impossible d’avoir leurs enfants à temps plein. Mon point de vue, c’est que lorsqu’on est en bateau, les enfants nous suivent dans nos aventures quotidiennes. Ils s’adaptent peu importe l’horaire, les activités et les navigations, car ils n’ont pas le choix. Les journées ne sont donc pas en fonction des enfants, mais aux côtés des enfants. Cela fait toute la différence!

Et Raphaël ne devrait-il pas aller à l’école?

Effectivement, Raphaël a eu trois ans en septembre dernier et, en France, l’éducation est obligatoire à cet âge… Ces neuf mois de stabilité, m’ont donc permis de lui faire l’école à la « maison ». Grâce au Cned, j’ai été très bien encadrée pour lui faire réussir sa première année de Maternelle (petite section). Raphaël est un petit garçon studieux, attentif et calme, il réclamait de « faire l’école ». Ce programme à distance lui convient donc parfaitement. 

Donc, la vie à terre? C’était pas mal, mais ce n’est pas notre vie. Me voici depuis le départ du bateau (début juin) à vivre dans la voiture entre les amis et la famille dans les bagages et le chaos quotidien… et… j’adore ça.

Donc, désolée pour nos familles, mais la vie à terre c’est pas pour tout de suite.

Et où est le bateau?

LifeSong est maintenant en pleine mer; prêt pour arriver en Baie de Disko (Groenland) début juillet. NOTRE vie recommence enfin avec toutes ses contraintes et ses plaisirs! 

Dans quelques jours je m’envole pour Copenhague, puis le Groenland, une grande épopée de trains, d’avions, d’hôtels avec deux enfants en bas âge. Ça va être sport, mais quel bonheur de revoler et de retrouver nos ailes!

Nos croisières sont malheureusement toutes complètes pour la saison 2021 au Groenland. Contactez-nous dès maintenant si vous souhaitez réserver vos places pour 2022 en Norvège ou au Spitzberg. 

On assume, vous n’aurez pas d’accès à internet ou de réseau cellulaire durant votre séjour… Et pour nous, c’est un réel point fort pour nos voyages*.

En 2021, c’est difficile de se rappeler la vie avant l’internet et presque impossible de s’en passer même pour une journée. Là, on vous offre 12 jours ou plus de déconnexion totale au milieu des montagnes et des glaciers!

Les avantages:

Discutez en temps réel

À bord nous avons toutes sortes d’équipiers d’horizons différents, rencontrez des gens et partager leurs passions. Prenez le temps de discuter de tout et de rien lors des navigations ou en se baladant en montagne!

Les membres de l’équipage ont aussi des vies remplies de voyages et d’anecdotes. Découvrez au fil des jours ce qui les font vibrer et ce qui les a menés à cette vie d’aventures.

Vivez pleinement le moment présent

Ne soyez plus dérangé par un appel, un texto ou le « dadou » d’un nouveau courriel. Il ne reste que vous, les glaciers, le vent sur votre visage et le sourire de ceux qui vivent l’aventure avec vous. Respirez profondément et profitez!

Les soirées sont aussi remplies jeux de société pour partager des rires et de beaux moments en « live ».

Le moment présent c’est aussi d’être avec Raphaël ou Jade; les enfants ont le don de nous faire vivre la vie pleinement! Fous rires assurés avec les blagues de notre coquin Raphaël.

l'équipage LifeSong, Raphaël, Christophe, Jade et Emmanuelle
Videz votre tête du quotidien

Certaines personnes ont de la difficulté à décrocher du travail. Pour plusieurs répondre à des courriels professionnels à minuit le soir ou lors des vacances familiales fait maintenant partis du quotidien. Décrochez réellement lors d’un séjour à bord, car il vous sera « agréablement » impossible de répondre!

Déconnectez-vous des « mauvaises » nouvelles du monde

Même si vous ne connaissez pas les dernières nouvelles sur la pandémie, la politique ou autres, la Terre continue de tourner. Vous aurez tout le temps de vous y replonger au retour.

Oubliez l’agression quotidienne de la publicité

Pendant tout le séjour, il vous sera presque qu’impossible de dépenser des sous. Pas de publicité, pas tellement de magasins, pas moyen de se créer des besoins! La nature à son meilleur.

Alors, c’est parti?!

*Ne vous inquiétez pas, nous avons une connexion satellite pour toute urgence.

Un mauvais commentaire revient chaque année… On ne perd pas de poids lors de nos croisières.

Malgré les activités physiques que l’on propose à bord (kayak, randonnée et chasse aux poissons), les bons petits plats proposés l’emportent sur le tour de taille. 

On est des épicuriens et on aime bien partager notre passion de la « bonne bouffe ».

Alors, on est désolés d’avance, mais vos papilles gustatives ne regretteront pas le séjour.

C’est généralement moi, Emmanuelle, qui cuisine à bord. J’adore ça! C’est un réel plaisir d’inventer de bons petits plats jour après jour.

On me demande souvent si j’ai un menu prédéfini à chaque croisière… La réponse est non, c’est de l’improvisation.

Les secrets de l’avitaillement

Imaginez-vous faire l’épicerie pour nourrir 10 personnes trois fois par jour pendant 2 à 3 semaines… Ça correspond approximativement à 4 paniers (caddies) rempilent à ras bord.

Ma façon de faire: avant de partir du bateau, je fais le tour des placards pour savoir ce qui reste/ce qui manque. Je fais souvent une liste de ce qui manque, mais le plus souvent je ne la regarde pas; tout est dans ma tête.

Rendue à l’épicerie, je fais le tour de TOUS les rayons. C’est comme ça que je me remémore ce qu’il me faut et que je découvre les nouveaux produits de la région dans laquelle on se trouve. J’achète amplement de tout ce qui est non-perrisable. C’est la grosse différence par rapport à prévoir de la nourriture pour une expédition; il n’y a pas (ou disons moins) de limite de poids/volume.

Pour ce qui est du frais, j’achète selon les dates de péremption. D’un pays à l’autre, il existe différentes possibilités de viande/poisson sous-vide qui se conserve plusieurs semaines. Nous avons également à bord un appareil pour mettre sous-vide (très pratique lors de pêche abondante).

Pour ce qui est des légumes, je prends de tout, même si j’ai encore aucune idée comment il finiront dans l’assiette. Les quantités sont gravées dans ma tête.

Une fois que tous les produits sont choisis, ce n’est que le début de l’aventure…

J’ai souvent fait les avitaillements seule et je vous laisse imaginer la galère de faire scanner les 4 paniers (quelques fois la facture touche même le sol), de tous mettre dans des sacs, de prendre un taxi (qui hallucine de la quantité à mettre dans sa petite voiture) et de transférer le tout dans l’annexe (toujours seule) pour ensuite arriver au bateau avec une quantité inimaginable de sacs.

Ensuite, il reste à tout rentrer dans les placards en enlevant au maximum les emballages et à remplir le frigo jusqu’à ce qu’on ne puisse plus fermer le couvercle!

Et là, le plaisir commence: la cuisine! J’adore inventer, improviser, créer. Donc chaque matin, je sais rarement ce que l’on mangera le soir. Si je suis quelques fois dans la lune lors des navigations, c’est que je réfléchis à vos bons petits plats. Et de toute façon impossible de prévoir en navigation, car il faut souvent manger selon les légumes qui s’abîment, la pêche du jour, les restants de viande, etc.

En bateau, il faut aussi penser à l’utilisation du gaz/four. Comme un seul plat rentre dans le four, il faut prévoir faire le gâteau à l’avance ou juste avant d’enfourner le repas du soir car le four est déjà chaud.

D’ailleurs, j’adore les gâteaux et les desserts en générale donc, sauf cas de force majeur, il y aura un dessert différent tous les soirs!

Un aperçu des bons petits plat à bord

J’ai une vilaine tendance à ne jamais suivre de recette alors quand nos équipiers me demande les secrets de la cuisine, c’est dur de mettre ça sur papier.

Voici quand même quelques recettes qui ont fait leur preuve à bord:

Chaudrée de poisson fumée

Un classique maintenant sur LifeSong. Une merveille pour le midi en navigation accompagnée de scones au fromage frais sortis du four. 

Vous pouvez remplacer la truite fumée par n’importe quel poisson fumé (saumon, morue, etc.) 

Le fenouil remplace aussi merveilleusement bien le céleri.

Tarte au chocolat noir et caramel salé

Les desserts sont rendues essentiels à bord. Un gâteau tous les soirs et parfois même le midi également. 

Voici un incontournable, peu importe le nombre de personne à bord, il n’a reste jamais une miette. 

Le Salidou/caramel au beurre salé peut remplacer le caramel proposé. 

L’ambiance à bord

Rien ne vaut un bon verre de vin et de la bonne compagnie pour pour apprécier pleinement un repas. LifeSong possède un grand carré rond et conviviale ainsi qu’une table extérieure pour apprécier la vue pendant le déjeuner et l’apéro!

Dans les régions où c’est possible, les barbecues sur la plage sont toujours un « must ».

Les bons produits de la pêche

Les poissons pêchés, les moules, les oursins, les calmars, les baies ou les champignons font partie intégrante de notre menu à bord de LifeSong. On ne sait jamais ce qu’on aura, mais rien ne vaut un bon poisson frais et des sourires de pêcheurs!

Vivez donc nos croisières gastronomiques!

Article venant du blog d’Emma : www.lescouleursdemma.com

Malgré toutes les mésaventures qui nous sont tombées dessus à cause de la pandémie, pour moi, ce fut finalement une belle année de créations! 

J’ai trouvé un peu de temps pour peindre lors de nos croisières en Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve et aux Açores. J’ai aussi eu le grand bonheur de donner trois cours d’aquarelle à bord. Des moments de partage où l’on se rend compte que l’art est à la portée de tous et qu’il y a de multiples façons de voir le même paysage. Merci à mes élèves, qui malgré leurs doutes, ont réussi à créer de belles choses!

BEAUCOUP DE COUTURE!

J’ai aussi lancé la création de sacs en toile de voile recyclée. Un belle façon de récupérer de vieilles voiles pour en faire des sacs costauds et uniques. Sacoches, sac de plage, bagage à main, sac de sport, etc.

T-SHIRTS SIGNÉS LIFESONG

Depuis longtemps, je voulais offrir des t-shirts à l’image de notre bateau LifeSong. J’ai donc créé une gamme colorée en aquarelle/feutre.

PORTRAITS

Mes enfants ainsi que ceux d’amis m’ont inspiré à faire des portraits. Souvenirs de leurs bouilles d’enfants sur papier. Et le moment que je passe à les dessiner me fait enregistrer pour toujours leurs visages dans ma tête. J’ai l’impression qu’en faisant leur portrait je les connais dans les moindres détails.

COMPOSITIONS DE CROISIÈRES

2020 m’a aussi poussé à créer des compositions dessin/aquarelle/citation/carte. Une idée venue des travaux de mon ami Didier qui lui peint directement sur des cartes marines. 

J’avais envie de mélanger les souvenirs de voyages, de faire des oeuvres uniques pour ceux qui viennent à bord. Pas toujours évident à réussir, mais quel bonheur de faire travailler sa cervelle pour créer des compositions vivantes.

Qu’est-ce que 2021 nous réserve, personne ne sait trop. Mais les couleurs dans ma tête ne sont pas prêtes de disparaître.

On ne le vous cache pas, l’année est dure. Comme presque toutes les entreprises de tourisme à l’étranger, c’est une saison dans le négatif.

Cela dit, nous connaissons notre chance. 

Nous voudrions tout d’abord remercier nos fidèles équipiers de 2020 qui ont bien voulu reporter leurs croisières d’un an. Leurs compréhensions et leurs bonnes humeurs nous ont fait chaud au coeur durant cette période difficile.

On remercie également Karavaniers qui nous a permis d’organiser deux croisières au Canada. Ces deux voyages nous ont fait vivre des moments magiques avec des gens fabuleux au milieu des fjords de Terre-Neuve et dans la mer intérieure du Bras-Or, Nouvelle-Écosse. L’espace d’un instant, la pandémie ne semblait qu’un mauvais cauchemar…

Notre chance, c’est aussi d’avoir pu naviguer librement et d’avoir traversée sans entrave l’Atlantique du Canada à la France via les Açores. Nous avons pu savourer chaque mille nautique qui sépare ces deux pays. Deux fois huit jours soit près de 400 heures de navigation… Après cela, la durée d’un vol transatlantique semble presque irréelle. Avec Jade (9 mois) et Raphaël (qui a fêté ses 3 ans aux Açores) on a pas eu le temps de s’ennuyer durant le voyage. Encore une fois, nous voilà dont chanceux d’avoir eu Grand-Maman Andrée et Grand-Papa Ricky pour nous aider dans cette aventure hors du temps.

Vidéo d’une partie de notre traversée réalisé par Jojo, around the globe hitchiker.

Les Açores nous ont également ouvert leurs portes et nous avons pu pendant trois semaines découvrir ses îles paradisiaques à l’abri du virus. Alors qu’à peine quelques semaines plus tôt, près de 80 voiliers s’entassaient dans le port d’Horta où la loi n’autorisait aucun passager de descendre à terre. Heureusement, les tests de dépistage du Covid-19 sont arrivés juste à temps pour nous permettre après 24h de visiter librement les Îles.

Notre bonne étoile continue également en France où nous trouvons une place au port de Bénodet à quelques kilomètres de la maison du père de Christophe… Vous imaginez donc que nous pouvons vivre le confinement dans le confort d’une grande maison et, en plus, elle est à moins d’un kilomètre de la plage!  

Finalement, le plus important, toute la famille LifeSong «élargie» est en parfaite santé!


Et la suite…?

Cela dit, nous nous questionnons malgré tout sur l’avenir. Devons-nous tentez une reconversion passagère ?! Qu’adviendra-t-il du tourisme à l’étranger? Combien devons-nous investir dans la préparation du bateau?

Notre «offre» (nos croisières) nous semble trop belle pour s’arrêter là.

Nous croyons que nos voyages uniques continuent et continueront de faire rêver. Les destinations sauvages et les grands espaces gagneront certainement en popularité suite à un confinement plus ou moins difficile…

Alors on y croit. On a hâte de retrouver la mer et de vous faire vivre des aventures enivrantes. Nous aimerions continuer à être une fabrique de souvenirs, à vous faire ressentir des moments forts qui resteront à vie dans vos esprits. On a envie de continuer cette vie atypique sur ce si beau voilier qu’est notre LifeSong. Notre bonheur, c’est de partager cette passion qui nous anime; avec vous.

Les travaux entre-saisons sont donc commencés et nous mettrons toutes nos économies dans la préparation d’une très belle saison 2021. Nous, comme tous ceux qui viendrons à bord, profiterons certainement doublement de ces vacances en toute liberté!

Nouveaux: des produits LifeSong

En achetant un des ces produits, vous soutenez une petite entreprise, une famille, un projet de vie et vous nous donnez le sourire.

Pour nous aider à «arrondir les fin de mois» et également pour le plaisir d’«inventer » une gamme de produits LifeSong, nous venons de créer une boutique en ligne qui rassemble des produits uniques à nos couleurs. 

Découvrez-y des t-shirts illustrés, des articles en peaux de phoque, en toile de voile et des aquarelles…

VISITER LA BOUTIQUE EN LIGNE

Vous avez des idées à nous partager? Écrivez-nous!

La planète entière est ébranlée par la pandémie et tous en subissent les conséquences petites ou grandes. La plupart d’entre vous ont vécu des épreuves lors du confinement, ont perdu des êtres chers, ont eu leur voyage de rêve annulé ou subissent des difficultés financières. Sans oublier ceux qui risquent leur santé dans l’exercice de leurs fonctions; ces anges gardiens essentiels pour sortir de cette épreuve.

Et même pour ceux qui vivent isolés et loin de l’actualité, tous ont été impactés par ce virus invisible.

Comme la plupart des agences de voyage, des hôtels et des restaurants, nous devons maintenant vivre avec plusieurs mois d’arrêt complet. 

Évidemment, l’annulation de notre saison au Groenland nous a fait mal au coeur. C’est vrai que nous n’avions jamais imaginé être dans l’impossibilité de naviguer vers cette destination. Nous tenions pour acquis ces icebergs immenses, ces montagnes nues et ces villages paisibles. 

Pierre, notre équipier en 2019, nous avait dit lors de notre dernier voyage en Baie de Disko, « Ça y est, on n’ira pas plus au Nord maintenant ». Nous étions partis des Caraïbes en montant toujours plus vers le Nord sans rien pour nous arrêter. Et cette phrase de Pierre, mettait fin à des mois de découverte, nous rentions maintenant à la maison sur un chemin connu. La nostalgie ne m’avait pourtant pas touchée. Avec ma grosse bedaine de femme enceinte, j’avais hâte d’être en « ville » et après tout, nous y reviendrions dans un an.

Nous voilà maintenant un an plus tard et les icebergs sont loin dans nos rêves. Nous avions pris pour acquis notre liberté de naviguer…

Il nous reste tout de même le bateau, merveilleuse maison, pour un confinement tout en liberté!

Certainement au plus grand bonheur de nos deux petits matelots, nous avons tout notre temps pour leur offrir de la joie quotidienne. Et je crois bien qu’ils préfèrent la plage aux icebergs… 

On découvre donc à un rythme de vacances les beautés de la côte de Nouvelle-Écosse; ponctuée de phares, de plages, de maisons isolées et d’îles inhabitées. On oublie trop facilement les merveilles de son propre pays. On laisse donc la temps d’une saison, les paysages Groenlandais flotter dans nos têtes pour découvrir les Maritimes (Nouvelle-Écosse –Terre-Neuve) en profondeur. 

On a créé deux voyages , que les Canadiens puissent profiter et découvrir leur propre pays.

Croisière Nouvelle-Écosse

Croisière Terre-Neuve

Découvrez en images nos explorations des dernières semaines: plages de sable blanc, île déserte remplie de moutons, navigation entre les phares, maisons de pêcheurs isolés, randonnée sur des péninsules

Malgré la distanciation sociale, nous avons tout de même réussi à faire des rencontres intéressantes avec des locaux et des marins. Richesse de la vie de bateau.

Les délices de la mer sont aussi au rendez-vous : moules sur le feu, homards frais, pétoncles énormes et poissons pêchés du zodiac (maquereaux, morues, truites)

Ce moment de « pause » nous permet aussi de réinventer notre prochaine année. Nous traverserons vers la France via les Açores à la fin de l’été.

Et pour ceux qui commence à rêver à leurs voyages de 2021…

Nous retournerons bien-sûr au Groenland de juin à août avec le même programme de 2020. Il reste encore quelques places disponibles.

Nous conservons également notre début de saison (de mi-févrirer à mi-avril) en Norvège. Nous irons à la découverte des Lofoten sous un ciel d’aurores boréales et dans les fjords du Nord pour un séjour ski-voile.

Croisières en Baie de Disko

Croisière Lofoten et aurores boréales

Calendrier

Les inscriptions sont maintenant ouvertes. Écrivez-nous pour réserver votre place et pour connaître nos nouvelles conditions d’annulation.

Ça fait rêver encore plus qu’à l’habitude, non?

De votre salon, imaginez-vous seul au milieu des montagnes, regardant l’horizon disparaître au loin dans le silence profond des grands espaces.

Ce jour de liberté arrivera… mais pour l’instant soyez patients.

Avez-vous déjà fait une longue traversée à la voile? Quand on y réfléchit, traverser un océan est aussi un long confinement. 

En bateau, enchaîner les livres, élaborer longuement le prochain repas et regarder au loin pendant des heures, perdus dans ces pensées, sont des moments privilégiés.  Le temps tourne en boucle. Les jours se ressemblent. Dans cette routine, on en oublie la « vraie » vie. 

traversée du pacifique en voilier

Ça vous fait penser à votre quotidien actuel?

Donc dites vous que vous êtes en pleine traversée et comme tous les voyages en bateau, on sait quand on part, mais on ne sait jamais quand on arrive…

Vous avez peut-être pas les levers et les couchers de soleil tous les jours, les nuits où le ciel n’est plus noir, mais brillant d’étoiles… Consolez-vous car vous avez de l’eau chaude en quantité, un plancher qui ne bouge pas dans tous les sens, un peu plus d’espace et même des communications illimitées avec les gens que vous aimez! 

Se voir privé de sa liberté n’est drôle pour personne, mais tant qu’à y être obligé, profitez-en pour passer des moments privilégiés avec vos enfants, pour reconquérir votre âme-soeur ou pour faire un voyage d’introspection. Redécouvrez la cuisine avec des fonds de frigo, retrouvez vos passions oubliées (dessin, couture, écriture, musique, danse…), écrivez-vous une lettre à vous même à ouvrir dans un an ou encore planifiez votre prochain voyage d’aventure en voilier 😉

Nous, Christophe, Raphaël, Jade et moi-même, avons choisi de vivre tous les quatre sur le bateau en étant presque 24 heures sur 24 ensemble. Raphaël qui aura bientôt 3 ans n’ira pas à l’école. Nous seront ses professeurs tout en étant ses parents, ses amis et ses complices.

Plusieurs personnes nous ont déjà dit :

« Comment faites-vous pour être toujours ensemble. Moi, je n’en serait jamais capable! » 

Et bien, maintenant à vous d’essayer et de découvrir les richesses d’une vie partagée.

Note: Pour ceux qui travaillent sans relâche dans le système de santé, pour ceux qui vivent un deuil, pour ceux qui stressent face à l’avenir, on pense à vous. N’oubliez pas, un jour à la fois.

Comment a-t-on pu laisser notre belle Venus en Polynésie pour acheter un bateau cycloné sans le voir aux Caraïbes…

Découvrez toute l’histoire!

Le 1er septembre 2017, notre petit Raphaël est né à Tahiti, Polynésie Française. À ses trois jours, il était déjà à bord de notre bateau Venus, Baltic 51. Les navigations se sont ensuite succédées dans ses premières semaines de vie.

On était au chaud les pieds dans le sable avec tout le temps du monde pour apprécier ces premiers moments en famille.

Christophe ne pouvait cependant pas s’empêcher de penser…

Pourquoi pas un plus grand bateau?

Raphaël avait encore son cordon ombilical que Christophe m’assurait qu’il nous faudrait un plus grand bateau… Son argument irréfutable était que Raphaël prenait beaucoup trop de place du haut de ses 53 cm… J’ai innocemment accepté qu’il regarde les voiliers à vendre en pensant qu’aucun ne rencontrerait nos critères et surtout notre budget. J’avais sous estimé l’efficacité et la détermination de mon Christophe… Connaissant probablement les bateaux de Yacht World par coeur, cela lui prit peu de temps pour commencer à me convaincre que ce beau et grand Garcia 68 nommé LifeSong serait notre maison idéale. 

Ses arguments de vente: vingt et un mètres, en aluminium, construction française, de 1997, quatre grandes cabines et quatre salles de bain, un grand pic avant (pour pouvoir mettre des kayaks), une cabine isolée avec double portes pour Raphaël, deux cockpits (dont un avec une table), des nombreux hublots (plus de trente!), l’espace pour installer une laveuse, une immense cuisine avec grand frigo, congélateur, machine à café et même un lave-vaisselle et l’élégante beauté des lignes de LifeSong.

Après Irma…

Allez pourquoi pas! Le problème restait toujours le prix et en y réfléchissant; l’emplacement. Selon le site de vente, le bateau serait à Saint-Martin; où Irma avait fait des ravages il y a une semaine… Avoir une réponse d’un agent après cette catastrophe naturelle était un sacré défi.

Heureusement, avec l’aide d’un broker de Papeete, nous avons découvert que le bateau était bel et bien à Saint-Martin lors de l’ouragan… LifeSong ne faisait pas partie des milliers de bateaux ayant coulés. Il avait bravement survécu à cogner pendant des heures sur un quai de béton. Un catamaran ayant démâté dessus, LifeSong avait également perdu son mât causant de gros dégâts sur le pont. 

Vu la quantité d’épaves à Saint-Martin, le processus fût long pour avoir des photos précises des dégâts. Christophe commença à détailler les futurs travaux, à communiquer avec des fabricants de mât pour connaître les prix, à faire un budget et un échéancier. Sous les cocotiers de Polynésie, il commençait son obsession de LifeSong jusqu’à en créer une chanson pour notre jeune mousse! 

C’est au début janvier que l’on reçu LE courriel décisif. Nous pouvions rachetez le bateau à l’assurance via l’ancienne propriétaire, mais il fallait faire vite! On s’est lancés! Sans voir le bateau et sans totalement savoir dans quoi on s’embarquait, on quitta dans la hâte, l’excitation et la nostalgie la magnifique Polynésie et notre belle Venus.  

Un nouveau départ

Après notre retour à Montréal pour signer les papiers de vente, Christophe alla au plus vite rencontrer notre nouvelle acquisition. Moi, je restais avec Raphaël dans l’hiver québécois. 

Cinq mois après Irma, Saint-Martin était encore dans le chaos. Plusieurs chantiers de réparations avaient commencées, mais de nombreuses maisons n’avait toujours pas de toit. Les voitures étaient toutes cabossées; les vitres brisées. L’aéroport, détruit, était remplacé par des tentes. Des centaines de bateaux coulés créaient un champ de mines à travers le lagon. Les émotions et le questionnement, emplissaient la tête de Christophe avant même de découvrir LifeSong. 

La marina qui devait auparavant être la plus luxueuse de l’île était maintenant entourée d’épaves dont un yatch de milliardaire de 50 mètres en plein milieu des quais. Comment LifeSong avait-il pu survivre à ce désastre? 

Rencontre avec LifeSong

Dès son arrivée, Christophe fit méthodiquement le tour du propriétaire vérifiant l’état des fonds, du moteur, du groupe électrogène et de la structure complète, espérant avoir bien planifié ses réparations. Il prenait maintenant conscience de l’aventure dans lequel il nous embarquait… De l’ampleur de l’énergie à déployer dans les prochains mois.

Nous avons évidemment eu quelques mauvaises surprises. Suite à l’ouragan, les rats avaient gagné tous les recoins de l’île à la recherche de nourriture. Ils ne restèrent pas longtemps dans notre voilier, mais juste assez pour abîmer des boiseries et nous laisser des crottes un peu partout… 

Le chaos post-Irma entraîna également énormément de vols à travers Saint-Martin, le bateau fût donc dépouillé de tout l’électronique, du moteur hors bord, de l’annexe et de l’équipement de plongée, bref de plusieurs éléments qui faisaient grimper la facture.    

Autrement, l’intérieur du bateau était magnifique, spacieux et mieux encore que nous l’avions imaginé. L’extérieur était lui épouvantablement triste à voir… On se consolait en voyant qu’aucun winchs (extrêmement coûteux sur un voilier de cette taille) n’avaient souffert et que le pont en teck malgré quelques réparations à faire était magnifique. 

Une quantité inimaginable de travail nous attendait, mais nous étions confiant que LifeSong ferait le plus beau des bateaux charter pour les régions polaires.

Et maintenant…

Par où commencer un chantier d’une telle grandeur? Déjà, il fallait sortir le bateau de l’eau. Suite à la catastrophe, les chantiers de Saint-Martin avaient tous triplé ou quadruplé leurs tarifs en sachant très bien que ce ne seraient pas les clients qui manquent. Les ouvriers allaient certainement en faire de même et l’approvisionnement en matériaux restaient encore difficile même plusieurs mois après Irma. Pour ajouter à cela, nous allions bientôt retomber en saison cyclonique… À l’idée de peut-être voir notre travail terrassé par une nouvelle tempête, on pris donc la folle décision de partir vers Trinidad. 

Une traversée périlleuse 

Une navigation de 600 miles nautiques à travers les Caraïbes avec un bateau sans mât et un bébé de sept mois! Un plan ambitieux, mais réaliste après une révision complète du moteur et l’achat d’équipement essentiel.

Nous avons donc quitté le triste lagon de Saint-Martin sous la chaude pluie du mois d’avril. Plus on s’éloignait de la côte, plus le stress de l’équipage augmentait à la vue de la houle grandissante. Nous étions finalement qu’une coquille de noix en plein océan! Seul Raphaël restait d’un calme et d’un enthousiasme surréaliste face à la situation. 

On pourrait qualifier notre première navigation vers Saint-Kitts et Nevis de «Rock and Roll». La forte houle et les orages nous secouaient de tous les côtés. Je vous laisse imaginer les mouvements saccadés d’un voilier sans mât avec un fort tirant d’eau dans des vagues désordonnées. Assez désagréable. Après deux heures en mer, j’étais prête à prendre l’avion avec mon pauvre petit coco à n’importe quel prix. Heureusement, le vent s’est calmé et nos corps de sont tranquillement habitués à ces embardées chaotiques.

Cela nous prit un bon trois semaines pour rejoindre Trinidad en s’arrêtant dès que la température s’annonçait trop costaude. Presqu’à chaque mouillage, des marins arrivaient en annexe pour nous proposer de l’aide pensant que nous venions de démâter. Leurs surprises semblaient toujours plus grandes une fois qu’on leur annonçait que nous faisions cette navigation volontairement avec le bateau dans cet état et avec notre bébé.  

Quelques petits problèmes techniques…

Comme nous étions toujours au moteur et que les casiers sont souvent reliées à des bouteilles de plastique transparentes qui disparaissent dans les vagues… Nous avons certainement atteint un nouveau record de lignes de casiers prient dans l’hélice. À six reprises, nous avons du plonger pour retirer les débris de bouts et ce, souvent dans des conditions difficiles.

Un autre problème récurent que nous avons eu était dû à l’énorme quantité de sargasses (algues) dans les Caraïbes qui crée d’immenses îlots flottants souvent impossible à contourner. Nous avons donc eu mainte fois le moteur privé de son arrivé d’eau de mer. Au moindre changement de régime, Christophe devait bondir dans la calle moteur pour vider le filtre à eau de toutes ces algues.

Mais malgré tout, nous sommes arrivés glorieux dans la Baie de Chaguaramas prêt à affronter le chantier sans fin qui nous attendait.

Le chantier

À peine trois jours après notre arrivée, nous sortions le bateau de l’eau au chantier de Power Boats. Cela nous permis de découvrir rapidement les dessous de LifeSong qui heureusement ne présageait pas de catastrophe. Les dégâts s’étaient bel et bien limités au dessus de la ligne de flottaison. 

À cause de son tirant d’eau de 3,05 mètres, LifeSong était à la limite de frôler le sol même dans l’énorme travel-lift. Le chantier décida donc de nous creuser un trou pour la quille à l’aide d’un tractopelle pour pouvoir rabaisser au maximum le bateau. 

Une fois posé sur les bers, nous commencions à dépouiller LifeSong de tout ce qui ne serait pas nécessaire pendant les travaux. On a commencé par remplir un premier locker, puis un deuxième, pour que finalement le chantier nous fournisse une pièce complète pour compléter le stockage sans fin.

Le plus dur de ce début de chantier, était de devoir démonter les deux cabines avant et une bonne partie du carré pour avoir un accès direct à la coque. L’intérieur, si beau et parfait, était maintenant en pièces détachées dans nos nombreux entrepôts.

Les travaux de soudure

Les soudeurs devaient attaquer les réparations le plus vite possible car cette étape seraient certainement la plus laborieuse. On pensait pouvoir décabosser l’aluminium en majeure partie, mais selon les ouvriers, il était plus facile de tout découper pour ensuite ressouder de nouvelles plaques. On a donc suivi l’avis des experts et en peu de temps on s’est retrouvé avec dix mètres de coque en moins! Étape très impressionnante pour nous, pour les soudeurs et surtout pour tous les navigateurs qui longeait la clôture du chantier. 

Une fois les nouvelles plaques d’aluminium soudées, notre délicat bateau s’était transformé en Frankenstein. Malgré cette allure monstrueuse, on était heureux de se dire que le plus gros était accompli. Nous avions malheureusement sous-estimé les travaux de peinture… Pour redonner des formes parfaites à la coque, nous avons dû enduire de pâte la majeure partie du bateau pour ensuite tout poncer.  Ce ponçage extrêmement physique s’effectue manuellement avec une cale d’environ un mètre. Un travail presque inhumain qu’on a dû faire en boucle pendant plus de huit semaines. Les épaules de Christophe doublèrent de volume vue le nombre d’heures passées en équilibre sur les échafauds à voir la pâte rouge se réduire en poussière encore et encore. 

En alternance avec les travaux de peinture, la soudure terminée, on pouvait maintenant «reconstruire» l’intérieur du bateau! Enfin, on avait l’impression d’avancer au lieu de reculer. Il fallait d’abord ré-isoler chaque bout d’aluminium pour éviter la condensation dans les eaux plus froides. Puis, replacer les murs et les meubles en érable. Les formes de la coque dans la cabine avant ayant légèrement bougées avec les nouvelles plaques, l’ajustement des meubles fût à refaire pour arriver au millimètres près. Un travail de précision réalisé avec la patience de Christophe autrefois rénovateur de meubles anciens.

Un nouveau mât

Pour compléter nos journées déjà bien remplies, nous devions en simultané préparer le reste du chantier. Le mât, commandé dès l’achat du bateau, était en construction en France. Fabriqué par la compagnie Maréchal en Vendée, il serait presque à l’identique de celui construit il y a 20 ans excepté qu’il serait en trois morceaux pour pouvoir voyager jusqu’à Trinidad par conteneur.   

Et tant qu’à avoir un immense conteneur qui arriverait de France en milieu de chantier, pourquoi ne pas le remplir au maximum de tous les matériaux nécessaires et difficiles à trouver en Amérique du Sud? On l’a remplit sans trop de difficulté : annexe, bouts, outils, literie, isolation, tuyaux, kayaks, etc.

Faire venir un conteneur est plutôt simple sur papier, mais en réalité tout est mit en oeuvre pour que l’importateur paye le plus gros montant. Ayant sa marchandise en «otage», on se rends vite compte qu’on a le plus petit bout du bâton. Malgré plusieurs frustrations, il fût possible d’importer l’ensemble de notre matériel sans payer de douanes ou de taxes. Ceci n’est pas possible partout, mais Trinidad fait partie des endroits où les plaisanciers peuvent importer sans trop de problème.

Le conteneur arrivé, la suite des travaux un peu plus techniques ont commencés. 

Les travaux de mât évidemment: manchonnage des trois sections, installation des bouts, câbles électriques, barres de flèches et gréement. Puis, la stressante opération de remâtage avec une grue gigantesque. De voir une bonne partie de notre budget se cambrer et flotter dans les airs au bout d’une corde était un moment particulièrement fort en émotions!    

Travaux multiples

Je me suis également attaquée aux travaux de couture pour réaliser nos deux capotes, un taud de grand voile, des pochettes à outils et des housses multiples. Ayant apprise à coudre il y a moins de deux ans et principalement des articles de bébé, le défi semblait de taille. Mais finalement, si l’on a du bon matériel et que l’on suit bien les étapes de fabrication,  faire une capote n’est finalement pas si complexe.  Il suffit de croire en ses capacités, d’y aller tranquillement et de faire preuve de créativité.

De nombreux autres travaux ont occupés nos soirées et même nos nuits jusqu’au tout dernier jour. Nous étions littéralement dans une course contre la montre. Heureusement, plusieurs personnes sont venues nous aider pour une heure, une journée ou plusieurs semaines apportant leur savoir-faire et leur énergie. Une arme indispensable pour gagner cette course effrénée. 

Et notre bébé dans tout ça?

De ses 7 à 16 mois, Raphaël était présent à presque toutes les étapes du chantier. Ne connaissant pas vraiment d’autre vie, pour lui, c’était sa routine de s’endormir avec les bruits de perceuse, de partir constamment en vélo chercher du matériel dans différents magasins et de jouer entre les outils de papa sans rien toucher. Il a même appris à marcher sur le chantier ayant comme motivation d’atteindre les échelles des bateaux (qu’il réussissait à grimper bien avant de savoir marcher).

Mes journées de travail étaient donc rythmés par les siestes de Raphaël qui me permettaient de mettre la main à la pâte sans distractions.

Évidemment, cet environnement n’est pas l’idéal pour un bébé, mais Raphaël a fait preuve de beaucoup de patience et d’écoute tout au long de l’aventure. Et il nous a surtout apporté du bonheur et de la bonne humeur dans les jours plus gris.

Je suis certaine qu’en y repensant dans quelques années, on se qualifiera nous-même de fous d’avoir traversé ce chantier avec lui, mais finalement, lorsqu’on est dedans on le fait en regardant droit devant sans se poser de questions et ça avance tout seul.

Le grand jour

Durant presque tout le chantier, LifeSong était emprisonné sous une grande bâche recouvrant entièrement le pont jusqu’à la ligne de flottaison. Nous avons donc pu travailler beau temps, mauvais temps, même pour faire la peinture. Un élément essentiel dans le succès de notre chantier. Cette bâche cependant nous empêchait d’apprécier l’avancement des travaux. On ne voyait pas bien la beauté de la peinture ou l’intégration du portique aux douces lignes de LifeSong. 

On s’est donc sentis comme à la veille de Noël lorsque nous avons «déballé» notre gros cadeau juste avant la mise à l’eau. Wow, on avait bien travaillé, le bateau était simplement magnifique.

Le grand jour était arrivé, notre LifeSong était méconnaissable après une telle métamorphose et elle allait enfin retrouver la mer!

Au total, nous serons restés neuf mois hors de l’eau à préparer jusqu’aux moindre détails notre nouvelle maison et outil de travail. La mise à l’eau nous a donc semblé comparable à un accouchement ou en d’autre terme à une «délivrance». Et comme un bébé, la mise au monde n’est que le début de l’aventure…

Premières navigations

On quitta Trinidad une semaine après la mise à l’eau, heureux de tourner la page sur une étape exigeante et qui nous paraissait sans fin.

On est partit avec un bon 20 noeuds de travers, un ris dans la Grand voile et génois légèrement enroulé. LifeSong a rapidement atteint les 9 noeuds de vitesse de croisière. Il n’y avait pas eu erreur sur la marchandise, le bateau marchait bien et restait confortable et silencieux même dans la forte houle. Un vrai bonheur de retrouver la mer dans ses conditions. 

Et Crack…

Puis après cinq heures de navigation, on a entendu un grand «Crack!» On ne voulait surtout pas y croire, mais de toute évidence, notre grand voile était déchirée sur un bon mètre et ça continuait de s’agrandir. On avait pourtant fait vérifier toutes les voiles et on nous avait assuré qu’elle tiendrait encore un ou deux ans… Le prix d’une Grand Voile sur un tel bateau  comporte beaucoup trop de zéros. Surtout en fin de chantier alors qu’on croyait être arrivé à bout des dépenses de toutes sortes… Mais bon, pas le choix, un voilier se doit d’avoir de bonnes voiles, on commanda donc lors de notre courte escale à Grenade une voile en urgence qui devait être livrée dans trois semaines à Saint-Martin.

On fit donc notre première croisière de Martinique à Saint-Martin qu’avec le génois. Heureusement, avec les alizés constant, le bateau marchait à merveille à 8 noeuds de moyenne. À Saint-Martin, notre grand voile arriva comme prévu et nous pûmes reprendre la route direction les Bermudes avec seulement un jour de retard.

Question de prolonger le plaisir, les petits travaux ont continués dans chaque temps morts de croisière et lors de chaque escales jusqu’à notre arrivée aux États-Unis. Rendu à New York, le bateau était finalement entièrement fonctionnel avec le chauffage dans chaque cabine et le double vitrage de nos trente hublots. Nous étions fin prêts pour la remontée vers le Groenland!

La suite de nos navigations, vous les avez peut-être lu dans nos articles précédents…

New York, New York

Les merveilles du Golfe

L’arrivée de LifeSong au Groenland

Les couleurs du Groenland

L’odeur de la maison