On fête notre dixième saison d’aventures
Après avoir compté, on s’est rendu compte qu’on était rendu là.
Trois saisons en Patagonie et en Antarctique, une saison en Polynésie, deux saisons au Groenland de l’Ouest, une saison dans les maritimes canadiennes et trois saisons en Norvège et au Spitzberg… On est à dix. Pourtant, s’est passé en un clin d’oeil! Une sacré beau clin d’oeil…
Quand je repense à mon premier voyage en tant qu’équipière il y a presque 10 ans de cela… J’avais tellement à apprendre de ce mode de vie, tellement à voir encore.
Je suis partie de rien, je n’avais aucune connaissance de la voile. En plus, je suis plutôt quelqu’un de terrestre… Pourtant après 10 ans à vivre sur un voilier à (presque) temps plein, pour rien au monde je ne voudrais changer de mode de vie.
La vie à bord m’apporte une liberté, une nouvelle aventure jour après jour et une joie quotidienne. Vivre l’instant présent à fond; que demander de plus!
Pour fêter nos 10 ans d’aventures, revenons un peu en arrière:








La Patagonie
Mon tout premier voyage sur notre précédent voilier Venus (Baltic 51)
Au Cap Horn, cap reconnu pour le mauvais temps qui s’y fracasse.
Malgré mon manque d’expérience, mon ignorance du vocabulaire de bateau et mon bras cassé, Christophe m’en a fait voir de toutes les couleurs…
Prendre des ris par 50 noeuds, monter la trinquette entre les rafales, barrer en fessant surfer le bateau, accoster au Cap Horn dans des vagues déferlantes avec une pauvre annexe à rames, amarrer le voilier comme dans une toile d’araignée en un temps record, vomir entre les manœuvres, cuisiner tout en tirant des bords… On peut dire que j’ai eu un entrainement à la dure.
Et je n’ose même pas vous parler de mon « training commando » pour apprendre à conduire le zodiac…
Christophe est pourtant très pédagogue, mais pas avec moi. Je pense que c’était un test… Et malgré les difficultés j’ai réussi puisque 10 ans plus tard je suis toujours là!
Ces premières années, c’était aussi les découvertes fantastiques de la vie de bateau.
La générosité des pêcheurs qui nous lançaient des centollas (king crabs) jusqu’à remplir le cockpit du bateau.
Le partage avec les autres marins du bout du monde. L’entraide aussi surtout. Contrairement à beaucoup d’autres endroits dans le monde, quand un bateau arrive dans le même mouillage, on est tous excités à l’idée de partager la soirée ensemble.
Les randonnées infinies dans un monde où les sentiers n’existent pas; où les limites sont notre imagination et la capacité de nos jambes.
Les glaciers uniques qui « grandissent » encore et poussent avec leurs flancs les arbres trop verts à leurs cotés.
La Patagonie est clairement une très bonne école pour apprendre la voile car après trois saisons dans le coin, n’importe quel autre endroit du monde me semblait bien plus accueillant pour naviguer.
On y retournera assurément, un premier amour ça ne s’oublie pas!




Et l’Antarctique
Chaque fois un émerveillement, chaque fois l’impression d’arrivée sur une autre planète. La plus belle arrivée de toutes était en janvier 2016 dans le brouillard et le soleil, entre les immenses icebergs et les manchots volants. Le mystique de l’inconnu mélangé à la peur de ces montres de glaces. Les vagues faisant craquer et crier les icebergs de façon si dramatique. On était entouré de blocs de glace énormes essayant de zigzaguer avec notre voilier de fibre. La peur au ventre et le sourire aux lèvres.
Un bonheur qui encore aujourd’hui m’en donne des frissons.
L’Antarctique c’est aussi: les manchots qu’on ne se lasse pas d’observer, les baleines qui sont aussi curieuses que nous de les voir, les phoques qui sont si doués à nous ignorer et le léopard des mers qui ne laisse personne indifférent surtout quand on le pense près et prêt à croquer le zodiac…




La Polynésie/Île de Pâques
Ma première expérience de voile dans les eaux chaudes. Quelle surprise après 3 ans de froid et d’humidité… Même si j’aime profondément naviguer dans les eaux froides, on ne peut nier l’avantage des eaux chaudes. Le plaisir d’être en costume de bain toute la journée. De sauter à l’eau dès que l’on a trop chaud.
J’ai fait la traversée du Pacifique à plus de 6 mois de grossesse. À mi-chemin, lors d’un arrêt sur l’île de Pâques, mon corps prenant soudainement une pause de contractions musculaires, mon ventre de femme enceinte est apparu en à peine 24 heures. Pop!




Les Caraïbes, les USA, le Canada et le Groenland
Nos premières navigations avec LifeSong à apprivoiser la bête, à apprécier son confort incomparable à Venus.
On ne peut pas oublier la fameuse tempête du triangle des Bermudes. À quelques miles de l’entrée de l’archipel, le vent s’abat sur nous et nous force à se réfugier au Sud de l’île. Le bateau remontant le vent puis dérivant pendant plus de 24 heures en attendant une accalmie pour entrée dans le minuscule passage qui allait nous offrir enfin une protection contre l’océan.
L’arrivée à la fin du mois de mars sous la statue de la Liberté est également un moment inoubliable. Jamais j’aurais pu penser mouiller devant le centre-ville de New York!
Le retour au Groenland aussi était grandiose. Les montagnes magiques, les icebergs, l’odeur familière de mousses. L’immensité sauvage et le plaisir d’être seul au monde.




Le Covid
Comme pour beaucoup de gens, 2020 n’a pas été notre meilleure année. Suite à l’annulation de notre saison au Groenland nous avons finalement découvert la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. Des joyaux pour les rares navigateurs du Canada. Un plaisir de découvrir ces régions dans le calme général généré par la pandémie. On a ensuite décidé de traverser l’Atlantique avec nos deux enfants (3 ans et 8 mois). Une expérience exigeante, mais enrichissante. On a même pu profiter des Açores sans un seul touriste!
*Merci à mes parents d’avoir fait cette traversée avec nous. Traverser un océan avec des enfants en bas âge est clairement un défi de taille. Bravo à tous ceux qui ose le faire!




Le pari du Groenland
En 2021, on a senti qu’on se faisait voler notre vie avec ce foutu virus qui nous obligeait encore à annuler des voyages. On a pris le pari de partir pour le Groenland sans savoir s’il y aurait des vols… Un risque que peu ont pris, mais qui fut probablement notre meilleure décision. Le seul bateau (ou presque) de la Baie de Disko. En plus, au Groenland, c’est comme si le Covid n’avait jamais existé. Une bonne bouffée d’air frais, de liberté et de bonheur bien mérité.
J’en profite pour remercier tous ceux qui ont également pris le risque de nous rejoindre cette année là. Votre soutien et votre confiance nous ont sauvés.





Norvège, Spitzberg
Ces régions étaient une découverte pour moi et Christophe en 2022. Nous voilà à notre troisième année dans le coin. On découvre toujours de nouveaux mouillages magiques et apprécie à chaque voyage les paysages insolites que nous offrent ces « pays ».
Les séjours de ski-voile sont, selon moi, le meilleur concept de voyages d’aventures possibles. Je me rends compte de ma chance de guider ce genre de groupe et j’en profite tous les jours.
Notre dixième saison est donc lancée depuis début février et elle s’annonce fabuleusement extraordinaire. On n’a pas fini de vous faire rêver!
Pourquoi on fait ça?
La réponse est simple, on adore ce que l’on fait.
On aime chaque voyage, on s’émerveille chaque jour, on apprécie chaque paysages et on apprend de chaque personne qui monte à bord.
Notre métier est riche. Notre quotidien nous passionne.
Et tant qu’on sera passionné, on continuera de vous faire rêver avec des destinations hors de l’ordinaire pour les années à venir… Et oui, la sédentarité ce n’est pas trop pour nous. Alors qu’est-ce qui nous empêche de vivre cette « vie de fou (selon certains)» pour encore de nombreuses années?
C’est pourquoi, un immense projet arrive bientôt! Un nouvel outil de travail (un voilier évidemment) plus fort, plus grand et plus adapté à nos besoins.
De nouvelles aventures à suivre…







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