La croisière du kiviak

Lifesong qui navigue dans un fjord pleins d'icebergs

Avant propos/Avertissement:

Attention, l’histoire qui suit est bizarre! Elle a été écrite lors de notre dernière croisière au Groenland (été 2021) par notre équipier et ami Laurent Catala.

Il faut savoir que Laurent est un personnage original et tout à fait unique en son genre. Son histoire reflète bien son esprit « sans limite ».

Le récit que vous vous apprêtez à lire, n’a rien de réaliste et l’on s’excuse d’avance si des groenlandais pourraient être offensés par ces mots. Le Kiviak existe cependant réellement et c’est probablement lorsque Laurent en a appris l’existence que l’histoire à commencé à germer dans sa tête.

Le kiviak est un plat d’hiver traditionnel du Groenland fait d’oiseaux, généralement des mergules, fermentés plusieurs mois dans le corps vidé d’un phoque.

Wikipedia

Laurent s’est inspiré des membres de la croisière pour forger ses personnages (désolé Hélène, Michelle, Annick et Gilles…)

Le reste n’est que fiction.

Bonne lecture!


LA CROISIÈRE DU KIVIAK

ou le banquet groenlandais

Par Laurent Catala

Chapitre 1 : L’équipage 

« Oh, ça me rappelle il y a dix ans quand j’étais sur l’île de Madagascar. J’avais accompagné des pêcheurs du coin qui chassaient des espèces locales de thon rouge et j’avais pu observer des variétés de méduses proprement sidérantes. Je vais consigner celles-ci dans mon rapport de voyage tant leur aspect me semble ex-cep-tionnel ! »

Penchée par-dessus le flanc du Lifesong Prince du Danemark, voilier voguant sur les flots grisonnants de la mer du Groenland, la biologiste Hélène du Lez se prêtait comme toujours avec un plaisir non dissimulé à ses propres observations, même si celles-ci, quoique remarquables, s’avéraient toujours fort éloignées des préoccupations du bord. 

Il faut dire qu’après des semaines de route, l’expédition entamée par le Lifesong Prince du Danemark approchait enfin de son but : trouver les terres boréales lointaines des peuplades inuit les plus isolées du Groenland où se cuisinait encore le plus mystérieux des kiviaq, cette fort subtile recette de volatiles entiers cousus avec plumes et entrailles dans une peau de phoque, avant d’être laissés à macérer plusieurs mois dans leur jus sous un tas de pierres, à l’abri du froid et des prédateurs. 

S’agissait-il là de la plus succulente facette de la gastronomie du grand Nord ? Le doute était permis. Mais un indigène ramené quelques années plus tôt des contrées les plus septentrionales à la cour du Danemark, et dont le Roi avait fait son favori, en avait tellement convaincu le souverain, vantant notamment les vertus de longue vie que la consommation d’un tel met procurait à son sustenteur, que le kiviaq était devenu comme un fantasme dans l’esprit du suzerain. Au décès de son protégé, le Roi du Danemark ne s’en laissa donc plus conter. Il lui fallait cette recette et aussitôt, il se mit en tête de missionner l’expédition la plus à même de la lui procurer. 

Cette mission, vous l’avez compris, c’est donc bien celle du fringant voilier Lifesong Prince du Danemark et de son non moins fringant Capitaine, le Marquis Christophe de Votat. Plus désireux d’ouvrir de nouvelles routes maritimes et de se couvrir d’honneurs, que d’agrémenter le faste des banquets du Roi d’une nouvelle ligne au menu, le Marquis accepta sans ciller cette digne opération. Accompagné du jeune quartier-maître Antoine de la Mèche Blonde, il guidait la bonne marche nautique de cette royale destinée. 

Pour trouver la bonne route, c’est une aventurière québécoise, spécialiste de ces terres gelées et hostiles, que le Roi du Danemark avait choisie. Emma Coutu du Lac Saint-Jean avait arpenté le Groenland de long en large, le traversant en chien de traîneau, en kayak et en ski au cours de nombreux raids plus dangereux les uns que les autres. Bien que cette expédition les dépassait de loin, en visant à trouver les populations les plus sauvages et isolées, sa connaissance des lieux, de la langue, des us et des coutumes, s’avérait essentielle. C’est d’ailleurs à elle, et à elle seule, qu’un vieux chaman inuit extirpé quelques jours plus tôt de sa vieille cabane en tourbe, avait accepté d’indiquer la direction du village ignoré de toutes les cartes, où le fameux kiviaq tant recherché figurait encore à l’étal des traditions. Certes, le vieux bougre avait oublié lui-même si ce plat était plus un mythe qu’une réalité, mais la perspective d’atteindre enfin, après tant de jours de navigation, ce point mal situé du globe aux portes du Pôle, avait stimulé toutes les ardeurs. 

Pour mener à bien cette mission donc, le Roi avait bien fait les choses et l’équipage se complétait de la plus belle façon. Outre la déjà entraperçue Hélène du Lez, biologiste réputée, enrôlée pour asseoir la portée scientifique de l’aventure –  et accessoirement pour valider la qualité des ingrédients du fameux kiviaq – on trouvait aussi à bord : Michèle Cale Sèche du Crotoy, œnologue et sommelière officielle de la cour, spécialement chargée par le Roi de trouver quels vins et breuvages seraient le mieux susceptibles d’accompagner le fameux kiviaq ; L’archiprêtre Laurent du Roussillon, à la fois cureton obséquieux et courtisan arriviste, tout autant désireux de bénir de ses vaines paroles liturgiques le sacro-saint repas que d’évangéliser au passage les populations en détenant le secret ; Gilles de Vendée Bon Marché, médecin du bord, présent pour veiller aux bonnes vertus digestives du dit kiviaq ; ou encore et surtout la très fameuse Annick des Sables Colonnes, comédienne lyrique et ancienne maîtresse du Roi, devenue par la même l’incontournable récipiendaire du protocole de la cour qu’elle entendait ainsi continuer de superviser jusque dans la validation de cette nouvelle recette avant-gardiste.

Toute entière tournée vers sa mission, cette fière équipée de cœurs vaillants donc, autant dévouée à la réussite de sa singulière quête qu’aux inestimables retombées personnelles que cette découverte culinaire ne manquerait pas d’apporter à leurs propres privilèges et réputation, ne put donc s’empêcher de frémir d’impatience et de plaisir lorsque le petit village perdu apparut enfin à l’horizon. Niché au détour d’un fjord enneigé, il attirait leur regard comme un aimant qui aurait affolé la boussole de leur tentation. Et quand les premières embarcations en peaux de bêtes commencèrent à entourer le Lifesong Prince du Danemark, chacun savait que l’expédition était arrivée à son but. Restait maintenant à découvrir ses habitants et les attributs de ce fameux kiviaq qui les avaient conduits à parcourir une si longue route aux confins du monde connu.

Lifesong qui arrive dans un village groenlandais

Chapitre 2 : L’arrivée au village 

« Comme ils ont l’air charmant », s’exclama Hélène à qui voulait bien l’entendre. « Ils me rappellent une tribu que J’ai bien connue sur les rivages de la Côte d’Ivoire. » 

« Ils n’ont pas l’air d’avoir soif », poursuivit Michèle. « Sans doute, une qualité permise par leur fantastique acclimatation à la rudesse de ces climats », acquiesça le docte docteur Gilles.

« Ils ont des trous à leurs chaussettes », se contenta de dire la belle Annick, pour qui cela semblait déjà contrevenir à la bienséance du protocole. « Si Paris valait bien une messe, c’est toute une procession qu’il faudrait convoquer pour convertir de tels gueux », s’empressa d’ajouter, narquois, l’Archiprêtre pour qui le meilleur mot était toujours le dernier pour peu que ce soit lui qui l’eût prononcé. 

Tandis que le jeune quartier-maître Antoine abandonnait déjà son regard vers les plus jeunes et jolies filles de la tribu, qui lui faisaient signe depuis les maisons, et que le capitaine de Votat cherchait lui de son côté les plus belles formules pour agrémenter les prérogatives diplomatiques d’usage de sa mission, seule l’expérimentée Emma demeurait un peu à l’écart de la contemplation générale satisfaite

« Ils ont l’air bizaâârre », glissa-t-elle avec son charmant accent gaspésien sans que personne n’y prêta attention.

Car déjà, les premiers Inuits se portaient à hauteur du pont. Le mouillage effectué, la délégation au grand complet mit la chaloupe à la mer pour pouvoir enfin débarquer. Quelques encablures plus loin, elle faisait ses premiers pas à terre au milieu d’une population à l’accueil bon enfant et des plus enjoués.

Entouré par cette masse débonnaire, qui tâtait autant des doigts que du regard ces voyageurs étrangers, l’équipage du Lifesong Prince du Danemark se fit alors conduire jusque devant la plus grande hutte du village. En sorti dans son plus bel apparat un bien étrange personnage. Surmonté d’une coiffe qui s’avérait être une tête de morse avec ses deux dents proéminentes, vêtu d’oripeaux d’ours lui donnant une touche altière à faire pâlir le Marquis de Votat, le chef du village les accueillait avec une bienveillante bonhommie tandis que ses sujets redoublaient de sourires ricanants et proféraient hourrah et youppie (en langue du crû, bien entendu). 

« E-mma ? Ma chère enfant. Veuillez informer ce grand escogriffe du caractère royal de notre mission je vous prie », demanda le Capitaine-Marquis, visiblement soucieux de paraître à la hauteur du prestige du cérémoniel vestimentaire en ajustant ses manches et son chapeau avec toute la prestance exigée par sa fonction. 

« Grand chef, nous sommes icitte missionnés par son altesse le Roi du Danemark pour lui faire découvrir la recette du kiviaq dont votre villaââge semble avoir conservé le secret », s’essaya à traduire avec bien plus de diplomatie la polyglotte Emma, dans le dialecte inuit qui lui semblait le plus approprié. 

Le vieux chef sembla la comprendre et en parût fort content. Il opina de la tête tout en adressant de grands gestes à ses administrés. Il désigna ensuite une grande construction centrale où déjà s’activait toute une fourmilière de ses villageois. « Ils ont l’air de vouloir rapidement nous inviter à table », se félicita Hélène du Lez. « C’est tout à fait dans l’esprit d’accueil de ces peuplades primitives et cela me rappelle d’ailleurs un de mes voyages sur l’Orénoque où le chef du village avait tout de suite saisi que j’avais grand-faim sans pour autant connaître aucun des mots que je lui disais », glapit-elle au capitaine. Mais celui-ci, pas plus que les fois précédentes, ne l’écoutait vraiment. « Comte de Votat… Non, duc de Votat, voilà qui me conviendrait fort bien… », se disait-il à lui-même en imaginant déjà son retour triomphant à la cour du Roi. 

chef du village inuit avec morse sur la tête

Chapitre 3 : Le repas

Devancée par leurs hôtes aussi pressés que pressants, la délégation se fit conduire dans le bâtiment. La pièce était sombre, mais haute. En son centre, un foyer illuminait les lieux, où déjà brillaient mille lueurs qui semblaient être les yeux des villageois attroupés autour des visiteurs. Ceux-ci furent invités à se rapprocher tandis que plusieurs indigènes faisaient irruption avec ce qui paraissaient être de grands sacs. Ils les disposèrent au milieu de la salle sous les vivas de leurs congénères de plus en plus excités. Visiblement, les préparatifs avançaient. 

« Ça empeste », releva Annick au moment où les autochtones déchiraient les peaux des sacs. À cet instant précis, un flux difforme de chairs et de plumes se répandit au sol, provoquant l’extase des habitants des lieux. « Ooooh !  Et l’on n’a même pas un petit Chardonnay pour accompagner tout ça », regretta Michèle. « Un véritable nid à bactérie », professa le docteur Gilles en compulsant son petit bréviaire médical illustré pour s’assurer de la véracité de ses propos. 

Tels des gloutons friands, les Inuits commençaient à dévorer les proies putréfiées s’échappant des besaces gluantes, non sans en offrir quelques morceaux de choix à leurs invités de marque. La libation commençait. Des petites écuelles de portion bien choisies leur furent ainsi présentées tandis que l’atmosphère changeait brusquement. De festive et sympathique, l’ambiance devenait subitement plus orgiaque. Les villageois s’empiffraient comme des morses affamés et leurs bruits déglutis s’apparentaient désormais à quelque bacchanale sauvage déferlant sur la banquise comme le souffle du blizzard. 

« Mais, c’est ignoble », susurra Annick qui n’avait pourtant fait que sucer son doigt glissé dans la chair gélatineuse ». « Proprement infect », acquiesça le docteur en hoquetant. « Ooooh !  Ce n’est pas si mauvais » tempéra Michèle qui avait déjà vidé sa gamelle. « Avec un chablis, ça serait même gouleyant », asséna-t-elle même à ses compagnons médusés. 

Observant l’évolution de la situation, l’Archiprêtre Laurent, qui était resté en retrait jusque-là, tira la tunique du Capitaine. « Ça tourne mal, Marquis. Regardez ces sauvages. Ils sont ivres de cette nourriture, comme des loups à la pleine lune, et leurs yeux scintillent à présent comme les flammes de l’Enfer. » Effectivement, les Inuits entraient désormais dans une sorte de transe digestive effrayante. Ils bavaient de plaisir en roulant des yeux de flétans. Leurs cris ressemblaient de plus en plus aux hululements de goules. « Il serait sans doute plus prudent de regagner le bateau », poursuivit l’homme de Dieu tout en entraînant discrètement à sa suite le désormais bien moins sémillant capitaine. 

Voyant l’homme de robe et le marin s’éclipser discrètement, Emma tira à son tour le paletot du quartier-maître Antoine, qui saisit à son tour doucement le col d’Annick pour se rapprocher de la sortie de la hutte. Tout deux avaient soigneusement pu éviter tout contact avec la nourriture. Mais pour Hélène, Michèle et le Docteur Gilles, la situation semblait plus compromise. Plus en avant du festin, les Inuits les entouraient, paraissant déjà les dévorer des yeux. « Cela me rappelle la fois où une bande de kanaks voulut me faire manger une tortue à peine bouillie au large du Vanuatu », tenta d’expliquer la biologiste à son voisin, un solide pêcheur au regard vitreux et au rictus dégoulinant de bave. Elle ne finit pas sa phrase que ce dernier lui croqua la moitié de la main avec le bruit d’un piège se refermant sur la patte d’un ours. Le hurlement de douleur d’Hélène du Lez scella son festin, enfin plutôt son destin, et une dizaine d’Inuits se jetèrent sur elle comme une meute de hyènes se précipitant sur un phacochère.

 « Mais !?  Voulez-vous bien laisser Madame du Lez », protesta le docteur. Ses lunettes ayant glissé de ses yeux du fait de la bousculade, le praticien ne percevait qu’indistinctement le dramatique de la situation. Il se tourna alors vers Michèle pour obtenir son soutien face à un tel manque de courtoisie. Il ne vit donc pas très bien que le regard de la sommelière avait lui aussi changé. Enivrés par la chair putride, ses yeux avait pris le même aspect abject et exorbité que ceux des indigènes. Ses traits déformés exprimaient désormais une haine sans nom et sa bouche s’ouvrit sur une rangée de dents qui, tels des crocs, paraissaient avoir triplé de volume. D’un bruit sec, elle referma son bec sur la gorge du malheureux docteur. Celui-ci ne sut lui répondre que par un gargouillis vocal de sang mêlé d’incompréhension. 

Chapitre 4 : la fuite

Les habitants et Michèle occupés à dévorer Hélène et le docteur, Emma, le quartier-maître Antoine et Annick à demi-inconsciente purent s’extirper de la cahute. Mais, en regagnant le grand jour, ils virent que le Capitaine et l’Archiprêtre ne les avaient point attendus. Ils ramaient prestement comme des damnés sur la chaloupe à mi-chemin du Lifesong Prince du Danemark, sans jeter le moindre regard en arrière. 

Ils n’eurent pas le temps de leur adresser le moindre juron, car derrière eux déjà les premiers villageois zombifiés étaient sur leur pas, ainsi que Michèle devenue bien malgré elle la première louve-garou picarde maritime de l’histoire depuis la création. « Par icitte ! », cria Emma en désignant un attelage de chien de traîneau à l’orée du village. Derrière eux, les sauvages hurlaient et couraient de plus belle, comme autant de ventres affamés. 

Guidés par leur chef, dont les dents de morse du couvre-tête paraissaient elles-mêmes avoir participé à la mastication générale, un grand nombre des Inuits se dirigèrent vers l’eau. Ils avaient eux aussi aperçu au loin la chaloupe regagnant le voilier, et comme déguster le capitaine des visiteurs leur paraissait l’option culinaire la plus raffinée, il leur sembla prioritaire d’aller s’emparer de cette portion de choix en premier. Les premiers kayaks furent mis à la mer dans une bordée de vociférations inhumaines tandis que les pagaies brassaient l’eau à la vitesse du rorqual. Le Lifesong Prince du Danemark n’était plus qu’un garde-manger flottant à portée de leurs griffes. 

Pendant ce temps, à peine poursuivis par une dizaine d’entre les sauvages, parmi lesquels Michèle tenait la corde, Emma, Antoine et Annick avait atteint le traîneau à chien. Les animaux étant déjà harnachés, Antoine disposa Annick, tout à fait évanouie maintenant, sur la banquette et s’empara des rênes. Emma se chargea de défaire la traîne qui entravait l’engin. Elle parvint à la détacher et esquiva l’assaut d’un premier Inuit en l’assommant à l’aide d’une dent de narval. « Démarre !  Enweye ! «, cria-t-elle à Antoine tout en cherchant à s’accrocher au traîneau. Mais, surgissant tel un diable sorti de sa boîte, Michèle la plaqua au sol. En s’éloignant, Antoine ne put que voir les canines hypertrophiées de Michèle s’enfonçant dans la cuisse d’Emma tandis que la neige rougeoyait sous leurs corps. Pour elle aussi, il était trop tard. 

À bord du Lifesong Prince du Danemark, la situation n’était pas moins désespérée. Sitôt arrivés à bord, le Capitaine-Marquis et l’Archiprêtre avaient bien tenté d’appareiller, mais propulsés par une force maléfique, les sauvages s’étaient abattus sur eux comme une nuée de sauterelles. À peine les premiers Inuits montés à bord, le Sacristain s’était mis à escalader la grand-voile comme s’il voulait directement rejoindre le ciel. Il n’atteignit même pas la plus haute vergue que les premiers assaillants lui grignotaient déjà les mollets.

Dans les entrailles du bateau, l’officier de marine cherchait lui aussi quelque refuge miraculeux au milieu de ses cartes et souvenirs de voyage. Un placard lui parût assez spacieux pour pouvoir s’y cacher. Las, le pan de sa redingote vint se coincer dans l’ouverture indiquant aussi sûrement sa présence au chasseur que la queue du lièvre dépassant du terrier. Son cri de désespoir au moment où sa cache fut ouverte se conjugua aux gloussements ravis de ses bourreaux transis. 

traineau à chiens sur la calotte glaciaire

Épilogue : Sauvés ? 

Du haut de la colline qu’il avait pu gagner avec son attelage. Antoine contemplait avec effroi le pillage morbide du Lifesong Prince du Danemark. Malgré tout ce désastre, il se sentit enfin lui-même un peu à l’abri. Ses poursuivants avaient été distancés et, sous ses yeux à l’horizon, l’immensité du plateau glaciaire ressemblait à un sésame pour l’espoir. En tournant la tête, il observa Annick qui paraissait dormir, bien que la pâleur de son visage ait déjà quelque chose d’inquiétant. 

« Allez ! », se dit-il comme pour se donner plus de courage en encourageant ses chiens à poursuivre leur course. « En allant tout droit vers le sud, nous parviendrons bien à rejoindre quelque poste isolé de la civilisation ». Inconsciemment, Antoine se relâchait un peu. Il se voyait déjà racontant son incroyable histoire dans une taverne animée du port d’Hambourg, de Londres ou de Copenhague. Il souriait presque, savourant la bonne étoile qui l’avait tiré de ce pétrin insensé. La vie s’offrait de nouveau à lui.

Perdu dans ses pensées, il ne vit pas que, subrepticement, Annick avait doucement ouvert son œil, portant sur lui un regard lugubre et immobile. Lentement, sa bouche s’était ouverte, dévoilant la longue blancheur mortuaire d’une dent gourmande aux aguets. Tandis que les derniers échos s’élevaient du village au loin et de son banquet funeste, le traîneau n’était bientôt plus qu’un point noir sur la piste immaculée.

Un point noir qui bientôt disparut comme dévoré par les derniers rayons du soleil arctique. 

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