Une brève parenthèse Atlantique

Écrit par Christophe, le Capitaine de LifeSong à la fin de la traversée vers le Groenland

En ce début de mois de juin, notre agenda s’est soudainement bousculé par l’ouverture du Groenland au tourisme. 
Nous avions échafaudé de nombreux plans et avions essayé d’anticiper la vaccination pour ne pas nous retrouver bloqués par un passeport vaccinal qui risquait d’être imposé pour tout déplacement à l’étranger. 
C’est pourquoi notre date de départ demeurait fixée à notre deuxième dose le 5 juin.

Mais rien n’était joué car, pour se rendre au Groenland, les routes à emprunter peuvent être tumultueuses; variées par des options plus ou moins risquées. Une route Nord, par l’Irlande, les Feroés puis l’Islande pour redescendre le long de la cote Est du Groenland, sans pouvoir s’y arrêter à cause du pack transporté par les courants polaires. Soit par le Sud vers les Açores et les États-Unis… Soit directe car le timing ne nous permettrait plus d’envisager les autres options.

Le compte à rebours était lancé et de grosses dépressions traversaient l’Atlantique générant des vents de 100km/h proche des côtes irlandaises. 

Imaginez vous être accroché sur le dos d’une tortue et devoir prendre un itinéraire pour traverser une autoroute lors d’un retour de vacances!!

L’équipage s’est composé en dernière minute et, avec du recul, il aurait pu être difficilement mieux choisi.
Nous sommes 4 à bord, chacun notre cabine et notre douche. Quel luxe.

Après une semaine d’attente à la pointe Ouest d’Irlande sans débarquer, à apprendre à nous connaître, nous nous lançons pour cette transatlantique un peu spéciale .

Un début un peu rude, une bonne mise en situation de ce qui nous attend pour la suite, car la route est longue et l’arrivée semée d’embuche (icebergs).

Et là, la vie prend une autre mélodie.

Des quarts de nuits toutes les trois heures, alternés au fil des journées. 
Un autre confinement? C’est à peu près ça, avec autour de soit l’immensité de l’océan, des journées rythmées par les éléments et les menus improvisés en fonction de la météo .
La nuit, parfois même la journée, on pense à ceux que l‘on a laissé sur le quai qui nous regardaient nous éloigner vers l’inconnu, à ceux que l’on à hate de retrouver, s’inventant ce moment si délicat qui réconforte. 
À ceux qui nous sont chers que l’on a pas vu depuis trop longtemps, à qui on aimerait dire que l’on pense souvent à eux, et pourtant, que l’on n’en prend jamais le moment .

Aux repas, on se retrouve tous les quatre dans le carré, pour discuter, et souvent rire aux larmes.

On s’invente des histoires sur une course improbable, BANTRY (Irlande) — QAQUOORTOQ (Groenland).
Où les plus fous accepteraient un règlement insensé: mise à la cape obligatoire pendant 24h, 100 Milles nautiques minimum d’ancre flottante à tracter, etc.
Quant-aux bateaux, ils devraient répondre à certains critères étranges comme un air bag anti-Iceberg, un gréement minuscule, une vache à eau noire accrochée dans le mat, une machine à laver le linge traînant dans le sillage et un lave-vaisselle sur moteur atomisant les assiettes à plus de 1000 trs/ min. (note: délire total de la part de l’équipage)

Huit jours et le cap Farvel grossit sur notre carte, les premiers icebergs ont pointés le bout de leurs nez sur notre radar. C’est notre Furuno qui aura sa double ration de Rhum!!
Encore un petit bout de route mais le plus dur est derrière nous.

Dans une semaine, les retrouvailles seront belles et bien réelles de mes amours qui occupèrent toutes mes nuits 
À mon Amour, mon Raphou et ma petite Jade

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