Deux ans et déjà plus de 15000 miles nautiques

La normalité pour notre Raphaël, qui vit à bord depuis ses trois jours, est tout autre que la plupart des enfants canadiens ou français… 

Pour lui, prendre sa collation en regardant les icebergs craquer est son quotidien. 

Ne pas avoir embarqué dans une voiture pendant plus de quatre mois ne lui manque pas.

Manger du poisson fraîchement pêché (espadon, requin, morue, truite, omble arctique) est son mêt préféré.

Regarder un phoque se faire dépecer ne le gêne pas; il comprend que c’est pour le manger.

Sauter dans l’annexe après la sieste pour aller à la pêche aux moules lui semble le plus beau réveil.

Regarder son papa faire l’entretien du moteur est son activité préférée. 

Apprendre à faire des roulades dans la mousse arctique est encore mieux que n’importe quel jouet.

Et voir des baleines souffler à quelques mètres du bateau lui semble moins exotique que de voir un chat!

Ses journées à bord, sont un peu différentes que s’il allait à la garderie… 

Pour Raphaël, une bonne journée « normale » commence par (aider à) faire des crêpes pour les équipiers qui cohabitent avec lui pour deux semaines. S’habiller rapidement pour pouvoir escalader l’échelle de la descente, mettre sa «pieuvre» (veste de flottaison) et, enfin, embarquer dans le «petit bateau» (annexe) et conduire le 15hp jusqu’à la côte! À terre, tout est merveilleux, les fleurs, les roches, les ruisseaux… Et c’est en enchaînant les «sauts de kangourou» d’une roche à l’autre, qu’il peut grimper juste assez haut pour prendre son goûter avec une vue sur l’infini. Des fois, Raphaël continue la randonnée dans le sac à dos ou regagne le bateau pour sa sieste dans son lit bercé naturellement par la mer.

 

Mais finalement, même avec cet horaire de vie atypique, comme la plupart des garçons de son âge, c’est une histoire d’amour avec les petites voitures. La collection complète se promène pour des courses toujours plus incroyables du cockpit à la cuisine. 

La plupart de nos équipiers se font prendre au jeu et retombent en enfance en faisant des «Vroum vroum» et des pistes de courses avec des coussins. 

Raphaël s’est beaucoup développé au court de notre saison grâce aux découvertes quotidiennes, aux multiples aventures, à la diversité de nos équipiers et à toutes ces heures privilégiées passées avec sa mère, son père et son Pierre. 

 

Là où je me suis vraiment rendu compte de son «décalage» par rapport au monde «normal» c’est lors de notre départ du Groenland en avion. Dans le bateau-navette qui nous amenait en une heure à l’aéroport, Raphaël n’a pas cessé de fixer les trois enfants groenlandais assis à côté de nous. Sans mot ni sourire, seulement à les observer sans bouger… C’est vrai qu’il n’a pas beaucoup vu d’enfants depuis quelques mois…

Mais finalement rendu à l’aéroport, les garçons (2 groenlandais, un danois et notre franco-canadien) se sont regroupés autour des petites voitures de Raphaël et, peu importe leurs langues, ils faisaient tous «vroum vroum» avec le sourire!

Ensuite, évidemment, prendre l’avion était excitant. Raphaël étant à son vingtième décollage, il adore et il n’a cessé de me dire «en haut, en haut!» durant le vol.

Nous avons ensuite gagné l’Islande pour une nuit et le lendemain avons rejoint l’aéroport international en autobus. Nous étions au premier rang pendant les 45 minutes de route, Raphaël m’a montré toutes les autos en disant leurs couleurs et à dit «GO» au chauffeur à chaque lumière verte. Je crois que les gens autour de nous ont pensé qu’il n’était jamais sorti de chez lui! Il voyait finalement des « vrais » voitures qui font de vrai «vroum vroum»!

À l’arrivée au Canada, Raphaël a découvert sa chambre d’enfant, son grand lit et une multitude de nouveaux jouets. Quelle émotion! 

Déjà pour moi, les différences d’ambiance entre Montréal et le Groenland étaient dures à assimiler… Simplement voir les feuilles des arbres vibrer sous le vent me semblait irréel et la vitesse de la vie tellement accélérée.

Pour Raphaël, le plus surprenant fût certainement de marcher sur de l’asphalte sans dénivelé, ni roches ou obstacles. Sa démarche bizarre, les jambes écartées ne pouvaient pas démentir sa surprise. C’est en le voyant si maladroit à faire une ligne droite que je me suis rendu compte qu’en fait cela fait des mois qu’il n’a que marché dans le bateau (qui bouge toujours un peu) ou sur terre où il n’existe pas de route ou d’espace nivelé. 

Mais comme les enfants se font à tout, en trois jours, sa drôle de démarche avait disparue. 

Donc finalement, que l’on vive sur un bateau ou à terre, en Polynésie ou au Groenland, en famille ou en équipage, un enfant s’adapte toujours et aime partage toujours sa joie de vivre avec ceux qui l’entoure.

Écrit par Emmanuelle Dumas, maman et seconde à bord de LifeSong

.

Lire d’autres articles


Manchot devant le voilier Venus en Antarctique

Notre histoire de Venus à LifeSong

De l’Antarctique à l’Arctique, du 51 pieds au 68 pieds.  Article écrit par Emmanuelle pour le magazine Québec Yachting Vol.49 Vous l’avez peut-être lu dans le dernier numéro de Québec Yachting : je suis devenue équipière sur un voilier de croisière au Cap Horn sans aucune expérience… et avec le mal de mer, en prime.Les […]

Christophe qui arase la mousse à l'arrière du bateau

Suite du chantier

De la chaudronnerie à l’aménagement On pourrait presque écrire un roman par semaine avec ce chantier de fou. Mais la réalité est qu’on utilise tout notre temps à avancer sur le bateau. Même filmer paraît souvent une perte de temps et d’efficacité. Notre dernier article sur le bateau datant du mois d’août, il s’en est […]

Retour en arrière sur nos premières navigations en Patagonie. Article publié dans Québec Yachting, écrit par Emmanuelle Dumas Il y a un peu plus de dix ans, je ne connaissais rien au bateau. Je ne savais pas faire une manœuvre seule, le vocabulaire marin me semblait du charabia, et j’avais le mal de mer à […]


ABONNEZ-VOUS

Pour ne rien manquer!

2 responses to “Deux ans et déjà plus de 15000 miles nautiques”

  1. Avatar de michelle champagne
    michelle champagne

    Que tu écris bien Emmanuelle. Et magnifiques photos. Effectivement, les enfants s’adaptent plus que l’on ne peut le croire. La preuve ici avec Raphaël. Et Dieu sait que vous n’avez certainement pas fini de lui faire découvrir plein de belles choses que peu d’enfants auront connu à son âge. C’est merveilleux ! Bon retour sur terre…

  2. Avatar de Denis HAEHNSEN
    Denis HAEHNSEN

    C’est vraiment un article très touchant et tellement vrai. Notre affection vous accompagne. Avec toute notre amitié,

    Sophie et Denis

    Envoyé de mon iPhone

    >

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Language »

En savoir plus sur LifeSong Sailing

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture